Zheng He, un sino-musulman à la conquête du monde

Né en 772 de l’hégire (1371) d’une famille musulmane et capturé, jeune, à la suite d’une guerre tribale dans le sud-ouest chinois qui l’a vu naître, Zheng He, fraîchement castré car destiné à servir à la Cour Impériale, gravit rapidement les échelons jusqu’à devenir grand eunuque impérial de l’Empire chinois de son temps. Sans qu’il ne soit jamais allé en mer, Yongle, alors le troisième empereur de la dynastie des Ming, le fait nommer Amiral d’une flotte qu’il souhaite mener le plus loin possible. Les récits de voyage qui lui furent contés par son père comme son grand-père, tous deux partis en pèlerinage à La Mecque, auraient alors poussé l’empereur à voir en lui l’homme de la situation.Il faut dire que Zheng He s’est jusqu’ici bien distingué dans ses études et dans l’art de la guerre; il est aussi – en musulman ayant étudié le Coran – de ces Chinois maîtrisant la langue arabe, langue internationale par excellence en cette seconde partie du moyen-âge. La flotte préparée pour Zheng He est alors impressionnante. Ayant nécessité la destruction de la moitié des forêts du sud chinois, elle comptait plus de soixante dix bâtiments – 60 mètres de long pour certains  (le double des caravelles de Christophe Colomb) – ayant au total embarqué près de 30 000 hommes. Sept voyages seront en tout menés par l’Amiral chinois entre 807H (1405)et 836H (1433). Traversant l’océan indien, ils vont amarrer en de multiples endroits, ceci de l’Egypte au Mozambique, en passant par Oman et l’Arabie. Des expéditions qui aboutiront à de fructueux échanges commerciaux entre Africains, Arabes et Chinois. Des relations diplomatiques sont même établies à partir de 817H (1414)avec le Sultanat Malindi(actuel Kenya). ZhengHe avait même fait ramener de là aux Chinois une girafe. Le récit de ces échanges nous a été rapporté grâce au travail de son compagnon de route, Ma Huan. Lui aussi musulman, ses écrits sont disponibles dans un ouvrage titré “Ying-yai Sheng-lan”. Lors de leur dernier voyage, les deux compères s’étaient alors vu octroyer le droit d’aller jusqu’à La Mecque. “Ils professent la religion musulmane.Un saint homme exposa et répandit cette loi en l’enseignant à travers le pays, et jusqu’à aujourd’hui, les gens de ce pays observent tous les règles de cette loi dans leurs actes, sans jamais commettre la moindre transgression. (…) Les hommes coiffent leurs têtes d’un turban ;ils portent de longs vêtements ;à leurs pieds, ils mettent des chaussures de cuir.Les femmes portent toutes un voile sur leurs têtes, et vous ne pouvez pas voir leurs visages.Ils parlent la langue A-la-pi[arabe]. La loi de ce pays interdit de boire du vin.Les mœurs de ces gens sont pacifiques et admirables. Il n’y a pas de familles misérables. Ils observent tous les préceptes de leur religion, et les contrevenants sont peu nombreux.En vérité, c’est un pays très heureux.” dira l’auteur de son périple en Arabie. Loin de chercher à envahir un quelconque territoire, ZhengHe n’emploiera son armada militaire que très rarement. À sa mort, l’empereur chinois en proie à des conflits menaçant ses frontières allait requisitionner l’essentiel de ses hommes et de ses fonds afin de défendre ses terres. La flotte de Zheng He, trop coûteuse, est détruite, brûlée dans son entièreté, laissant aux Portugais, puis aux Espagnols, Français et Britanniques tout le soin de dominer les mers et océans du monde entier ensuite. 

 

Renaud K.


Pour en savoir plus : 

  • René Rossi, Ma Huan, Ying-yai Sheng-lan Étude Globale des Rivages des Océans, juin 2018 Éditions Au Pays Rêvé : traduction intégrative ternaire commentée des voyages.
  • Dominique Lelièvre, Le dragon de lumière : les grandes expéditions des Ming au début du XVe siècle, France-Empire, 1996
  • Pierre Gamarra, Vie et prodiges du grand amiral Zheng He, Mazarine, 2000.

 

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