Zanzibar, terre des sultans d’Afrique

A la fin du 17e siècle chrétien, l’imam et sultan d’Oman, Sayf ibn Sulṭān, affrontait les Portugais installés sur la côte est de l’Afrique avant de les défaire. En 1109 de l’hégire (1698), il s’emparait de la région, faisant de Zanzibar une colonie omanaise, où il enverrait de ses imams, commerçants et gouverneurs. La région swahilie est riche et les colons arabes, quand ils ne se mêlent pas aux locaux, mènent d’amples guerres contre les Etats animistes voisins; ils se lancent encore via la course en mer dans l’attaque des navires européens allant et revenant des Indes. En un siècle, la colonie omanaise d’Afrique s’est largement islamisée et se voit approcher de l’intérieur des terres par les puissances d’Occident lorgnant le continent noir. Dans la première moitié du 19e siècle chrétien, le sultan omanais Saïd ibn Sulṭān déplaçait sa cour de la capitale de son bout d’Arabie, Muscat, sur l’île de Zanzibar. L’idée est alors de développer l’endroit au travers du commerce de clous de girofle et autres spécialités locales; l’arrivée de la famille dirigeante et de l’élite de cour permet un apport massif d’investissements. Zanzibar, aidé encore de commerçants d’Inde et d’ailleurs, se développe comme jamais. Le décès de l’imam d’Oman en 1272H (1856) cause une scission : deux de ses fils, Majīd et Thuwaini, n’arrivent pas à s’entendre sur la succession. Zanzibar et Oman sont alors deux États distincts; c’est la naissance du Sultanat d’Oman avec Majīd en sultan. Ses 14 années de règne permettent à une consolidation du Sultanat et à son enrichissement via la traite humaine qui y est menée. Une traite aussi vite interrompue par les sultans suivants. De Zanzibar et ses îles, les commerçants arabes du coin vont vivre des routes allant jusqu’au Congo et les Grands Lacs africains et certains s’enrichissent tant qu’ils obtiennent du sultan le droit de posséder de larges pans de terres çà et là. Ainsi du fameux Ḥamad ibn Muḥammad ibn Jumā ibn Rajab al-Murjābī – Tippu Tip pour les intimes – commerçant d’ivoire, exploitant terrien, gouverneur et esclavagiste le plus puissant de l’Afrique sud-centrale de la fin du 19e siècle chrétien. Ayant acquis toute une partie du Congo actuel, il possédait à l’apogée de son empire commercial près de 10 000 esclaves. Personnage important, la plupart des explorateurs occidentaux avaient eu à passer par lui pour s’enfoncer dans les jungles africaines. Si l’islam est alors en Zanzibar Loi, et les musulmans nombreux, les locaux sont le plus souvent animistes; et à des noirs, puis des Arabes et Indiens se sont aussi ajoutés des Perses de Shiraz. Le métissage est fréquent. Fort et puissant, le Sultanat de Zanzibar va décroître aussi vite qu’il était monté. En 1301H (1884), la Société pour la colonisation allemande réussit à imposer à des chefs locaux leur protection. Deux ans plus tard, ce sont les Britanniques qui s’engagent dans la région jusqu’à réussir à constituer le Protectorat de l’Afrique de l’Est (aujourd’hui le Kenya). La capitale du sultanat, Mombasa, est en 1307H (1890) occupée par les Britanniques. Si ces derniers font face à peu de résistance, ils essuient finalement une guerre en 1313H (1896) qu’ils finissent par emporter, après 38 minutes de combats. Soit la guerre la plus courte de l’Histoire. Tandis que les Britanniques ne cessaient de s’enrichir au travers de ses fermiers-colons disséminés dans tous les environs, les successions au trône de Zanzibar se faisaient à chaque fois dans la violence et l’indécision. Souverains en leurs terres, ils n’avaient plus qu’un pouvoir nominal quand tout était décidé depuis les bureaux du colon anglais. Mais c’était sans faire avec la soif d’indépendance des peuples d’Afrique à partir de la moitié du 20e siècle. En 1383H (1963), le Kenya devenait enfin indépendant quand le protectorat sur Zanzibar fut brisé. Mutant en une monarchie constitutionnelle, le sultan d’alors, Jamshīd bin ʿAbdullāh, ne tiendra cependant qu’un mois. Une révolution de Zanzibar poussait le sultan à l’exil pour mieux faire place à la République populaire et socialiste de Zanzibar et Pemba, puis peu après à la République-Unie du Tanganyika et de Zanzibar, pour enfin devenir la Tanzanie que l’on connaît. Et le sultanat de Zanzibar prenait fin. 

Renaud K.


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