Waqf, ou le modèle économique d’Allah

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Encore appelé habous au Maghreb, wuquf au pluriel, le waqf est un bien de mainmorte déclaré inaliénable par son détenteur et dont les revenus bénéficiaient le plus souvent aux mosquées et à leurs imams, aux écoles islamiques et à leurs professeurs, ou encore aux hôpitaux et à leur personnel comme à tout autre service public.

Il s’agissait d’un bien dont la valeur ne devait pas diminuer dans le temps, soit le plus fréquemment une terre cultivable, et dont les règles furent pour la première fois explicitées, par écrit, par le célèbre imam Ash Shafi’i au 2ème siècle de l’hégire. La plupart des personnages d’Etat et bien de riches personnages avait leur waqf, permettant ainsi à une intense circulation économique invitant au développement et la pérennisation de la plupart des services plébiscités par les populations. Il en va sans dire que le principe permettait parfois à des individus de ne pas voir ses biens confisqués par tel ou tel gouverneur le cas échéant. Le waqf était aussi utilisé par certaines familles afin d’offrir à leur descendance un revenu certain. Les biens constitués en waqf étaient alors considérés comme sacrés, et un juge était chargé de surveiller l’usage qui en était fait. Très souvent, les califes et émirs assortissaient leurs constructions de waqf, ceci afin d’éviter toute décrépitude de leurs réalisations, quand ils n’en ordonnaient pas ailleurs, tel Salahuddin, qui multiplia effectivement les terres sous forme de waqf de l’Egypte au Hijaz. Bien des villes se développèrent aussi ainsi, bénéficiant d’oeuvres pieuses de nombreux mécènes.

Supprimé par les colons français, en Algérie et ailleurs, qui en avaient détourné à leur profit les recettes, nationalisé par les gouvernements nationalistes ayant repris le pouvoir dans les Etats musulmans post-soviétiques d’Asie Centrale, abolis par les gouvernements laïcs d’Egypte, d’Inde ou d’Afrique de l’Est, le système du waqf persiste certes en Iran et en quelques rares régions, mais il n’est plus que l’apanage de quelques cercles familiaux ici et là.

 

Renaud K.