Walīullāh Dehlawī, l’imam des Indes islamiques

Quṭb-ud-Dīn Aḥmad Walīullāh Ibn ʿAbd-ur-Raḥīm Ibn Wajīh-ud-Dīn Ibn Muʿaẓẓam Ibn Manṣūr Al-ʿUmarī Ad-Dehlawī, plus communément connu sous le nom de Shāh Walīullāh Dehlawī, est l’un des savants musulmans d’Inde les plus fameux de l’histoire. Né en 1115 de l’hégire (1703), il est le fils d’autre grand savant de son temps, Shāh Abdur Raḥīm, et le petit-fils d’un important officier militaire, le Sheikh Wajihuddīn. C’est à Delhi qu’il fait alors ses armes et réalise, jeune, ses études; il apprend les lettres arabes et persanes, mémorise le Coran (à l’âge de sept ans), avant d’entamer le cursus classique dans les écoles hanafites locales en lesquelles le droit, la théologie comme la logique, l’arithmétique et la géométrie y sont enseignés. Pour ce qui est de son environnement, l’Inde d’époque vient de connaître son apogée. Devenue un Empire (moghol), le plus puissant du monde, l’Inde avait avant la naissance de Shāh Walīullāh Dehlawī été ré-islamisée de fond en comble par le – très orthodoxe – souverain Awrangzīb. Un code de loi basé sur les jugements de l’école hanafite, le Fatāwā ʻĀlamgīrī, vient alors d’être édicté afin d’être celui de tout l’Empire. Augmenté après la mort du souverain, Walīullāh Dehlawī aura ainsi eu l’honneur d’y participer. Marié à 14 ans et devenu un imam respecté seulement deux ans plus tard, il allait bientôt se faire connaître en savant du hadith parmi les plus reconnus de toute l’Asie; Maturidite dans la croyance, Walīullāh Dehlawī avait été un ardent opposant au chiisme imamite. Sa carrière littéraire démarre d’ailleurs avec la traduction en arabe d’un pamphlet connu des Indiens à leur encontre avant qu’il ne réalise plusieurs autres épîtres en ce sens. Il avait ainsi, avec d’autres de ses compères, assez largement influencé la politique anti-chiite des différents souverains musulmans du sous-continent indien. Il est aussi crédité comme le premier des savants de l’islam à avoir proposé aux Indiens une traduction du Coran en persan; une oeuvre d’utilité publique tant peu d’Indiens pouvaient alors se targuer de maîtriser la langue arabe. Abordant le droit, mais encore le soufisme qu’il conjuguait avec l’orthodoxie la plus ancienne, il avait rédigé plus d’une cinquantaine d’ouvrages, bientôt très populaires. Son plus gros succès est alors son Ḥujjat Allāh al-bāligha, sorte de manuel explicatif de la profondeur de l’islam et de sa nature salvatrice. Savant, il avait encore été un chantre du Jihad. Tandis que l’Empire moghol, sur sa phase descendante, voyait de plus en plus l’ombre du royaume polythéiste des marathes planer sur lui, Walīullāh Dehlawī avait passionnément appelé les foules et émirs à la guerre. Il participe même à la célèbre bataille de Panipat de 1174H (1761), bataille qui voit enfin les Marathes perdre la main sur la partie de l’Inde qu’ils avaient conquis. C’est après une vie de lettré actif et impliqué sur le terrain qu’il quittait ce monde en 1175H (1762), à Delhi.



Renaud K.


  • K.J. Ahmed, Hundred Great Muslims, Library of Islam, 1987.
  • S. A. A. Rizvi, “Shah Waliullah and His Times”, pp. 249 – 256, Ma’rifat Publishing House, Canberra, (1980).
  • Kunju, Saifudheen (2012). “Shah Waliullah al-Dehlawi: Thoughts and Contributions”


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