Usman Dan Fodio, dernier calife d’Afrique

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En 1219 de l’hégire (1804), après une prédication religieuse soutenue, l’imam Usman Dan Fodio partait en guerre contre les rois haoussas de la région située à cheval sur le Nigéria et le Cameroun. En cause : leurs injustices et délaissements de la Loi musulmane. Ayant déjà de nombreux adeptes, notamment parmi les soufis de la confrérie qadiriyya, il attire alors des combattants par milliers, autant des Peuls que des Haoussas, tous désireux de participer à l’établissement de ce qui sera le Califat de Sokoto. Usman Dan Fodio renverse en quelques mois l’ensemble de ses ennemis avant d’être nommé commandeur des croyants. Capturant l’historique capitale des lieux, Kano, Usman a à terme un territoire s’étalant sur une trentaine d’ex-Emirats peuplé de plus de 10 millions d’habitants. D’Europe partent des ambassadeurs venant reconnaître le nouvel Etat islamique quand des relations commerciales sont nouées avec les marchands du “Nouveau Monde” – l’Amérique – d’où des navires viennent lui acheter des esclaves. Le Jihad mené par Usman et ses hommes va en effet offrir au califat et à ses clients des captifs par centaines de milliers. Souvent païens, mais aussi parfois musulmans, ils vont remplir les négriers à destination de Bahia au Brésil ou des Caraïbes. La réussite commerciale du califat est exponentielle, garantie par une industrie du fer, du cuir, du sel et du coton des plus importantes du continent; on y trouve certaines des plus grandes mosquées et bibliothèques du continent. Usman Dan Fodio n’est alors pas qu’un imam et guerrier, il est aussi un lettré. De nombreuses épîtres lui sont attribuées dans lesquels les rappels au Jihad et critiques à l’égard des pratiques mystiques d’époque sont légions. Son style de vie en étonne d’ailleurs plus d’un : vivant dans le plus simple appareil, il passe son temps hors des combats à enseigner l’islam à ses étudiants loin des tumultes de la ville. Transmettant avant sa mort le pouvoir à son fils, Muḥammad Bello, en 1228H (1815), il participera à faire de sa fille, Nana Asma’u, la plus importante auteure et poétesse de l’Afrique d’époque. Le califat Sokoto se maintiendra pendant près d’un siècle, bientôt traversé par de multiples révoltes, avant d’être finalement conquis par les Britanniques en 1321H (1903).

 

Renaud K


  • Hussaini Usman Malami, Economic principles and practices of the Sokoto caliphate, Institute of Islamic Sciences, Sokoto, Nigeria, 1998, 145 p.
  • Sean Stilwell, Paradoxes of power : the Kano « mamluks » and male royal slavery in the Sokoto Caliphate, 1804-1903, Heinemann, Portsmouth (NH), 2004, 281 p.
  • Paul E. Lovejoy, Slavery, commerce and production in the Sokoto Caliphate of West Africa, Africa World Press, Trenton, NJ, 2005, 425 p..