Malcolm X ou Malik El-Shabazz

Posted on Posted inPortraits

16174674_1849447805273891_8353220408114233304_n

 
 
Militant des droits de l’homme pour les uns, suprémaciste noir pour les autres, l’homme est certainement l’une des figures majeures du XXème siècle grégorien. Ayant inspiré quantité d’activistes, noirs ou non, il reste néanmoins trop peu considéré par ses pairs en islam. Pourtant, les musulmans auraient bien à apprendre de son verbe, de son assurance, de son courage, et surtout de cette manière si décomplexée qu’il avait d’exprimer ses idées.
 
Né dans le Nebraska en 1343 de l’hégire (1925), Malcolm aura baigné dans le militantisme dès sa plus tendre enfance. Son père, prêcheur baptiste convaincu, soutien de Marcus Garvey, chantait déjà les mérites d’un retour en Afrique. S’ajoutant à cela une mère métisse née d’un viol, assumant sa haine de ce sang blanc coulant dans ses veines, et le meurtre de 4 de ses oncles respectifs, tués par des blancs ; les germes de l’opposition à l’ordre dominant d’alors avait ainsi toutes les chances de s’installer.
 
Menacés par le Ku Klux Klan, ils déménageront à plusieurs reprises jusqu’à ce que son père soit retrouvé, en 1350 de l’hégire (1931), mort, un tramway lui ayant roulé dessus. Les marques à l’arrière de sa tête n’aideront bien entendu pas la communauté noire du Michigan à accepter l’idée vendue d’un suicide. Louise Little, sa mère, en tombera en dépression. Déclarée folle en 1358 de l’hégire (1939), envoyée en hôpital psychiatrique, elle y restera jusqu’à ce que Malcolm et ses frères et soeurs l’en fassent sortir 26 ans plus tard. Réussissant sa scolarité, après avoir été envoyé dans une famille d’accueil, dans un environnement essentiellement blanc, il quitte le système scolaire après que le professeur qu’il admirait lui fit comprendre que devenir avocat n’était « pas du tout réaliste pour un Nègre ». Continuant de passer d’une famille d’accueil à une autre, il fait son 1er passage en détention peu de temps après, avant d’emménager à Boston avec sa demi-soeur.
 
Nous sommes au début des années 40, et Malcolm commence à fréquenter la pègre de la ville. Face aux soucis rencontrés avec cette dernière, il devra la quitter, avec sa compagne d’alors – blanche – pour atteindre enfin New York. Fréquentant les clubs d’Harlem, cirant contre rémunération les chaussures de certains des plus grands musiciens noirs d’alors, il devient délinquant notoire dans les rues du ghetto noir : drogue, jeu, racket et cambriolage. Exempté de service militaire lors de la 2ème guerre mondiale, il aurait joué la comédie en vue d’être réformé, ceci en soutenant des penchants mortifère à l’égard du genre blanc. Déclaré communiste dans son dossier, l’on peut imaginer ô combien ce prétendu penchant politique a pu aussi bien freiner l’institution militaire.
 
Rattrapé pour ses crimes et délits, il est condamné à 10 ans de prison en 1365 de l’hégire (1946), échappant néanmoins à l’accusation de viol que la justice tentera de lui coller. En effet, ses relations sexuelles avec des femmes blanches, en pleine ségrégation, sont vues du plus mauvais oeil, mais faute de plaintes, le tribunal se contentera des « faits ». Gagnant le surnom de « Satan » du fait de sa haine de la Bible, de Dieu et de la religion en général, il ne fera dans cette prison que 7 ans. C’est à cette période qu’échangeant avec son frère Reginald, il prend connaissance de la Nation of Islam, finissant, grâce/à cause de ses correspondances avec – aussi – Elijah Muhammad, meneur de la « Nation », par y adhérer. De son rapprochement vers l’islam, il nous en a offert quelques anecdotes intéressantes dans son autobiographie. Son soudain refus de consommer la viande de porc semblait faire alors beaucoup de bruits :  »bientôt toute la prison ne parlait que de ça (…) tous les détenus de ma rangée savaient que Satan ne mangeait pas de porc. Et j’en étais étrangement fier. (…) les prisonniers blancs étaient tous étonnés, ce qui me faisait bien plaisir. Par la suite, j’avais compris que, sans le savoir, j’avais fait acte de soumission préislamique. J’avais obéis à la prescription musulmane :  »Fais un pas vers Allah, et Allah en fera dix vers toi. ». Il commence ainsi à s’isoler des autres prisonniers, à lire et s’exercer à la prière :  »de toutes les épreuves que j’ai connues, la prière a été la plus rude. (…) Il me fallut une semaine pour y parvenir. (…) Je ne m’étais agenouillé que pour démonter une serrure avant le cambriolage. (…) »
 
Il est alors libéré en 1371 de l’hégire (1952). Ses présupposés communistes et sa désormais officielle conversion à l’islam ont fait maintenant de lui un personnage des plus surveillés par le FBI. Il devient rapidement l’un des prêcheurs phares de la Nation of Islam, s’exhibant dans ses mosquées de Chicago à Harlem, accompagnant son meneur à travers le pays. Il délaisse alors son nom de famille, Little, pour un simple X, refusant ainsi le patronyme qui fut donné jadis à ses ancêtres. Il épouse en 1377 de l’hégire (1958) Betty X (née Sanders) avec qui il aura 6 filles, dont une née 7 mois après son décès.
 
S’opposant au mouvement afro-américain des droits civiques, trop pacifiste et porteur d’un universalisme desservant la cause noire ; il encadre alors l’organisation d’un groupe paramilitaire islamique, qui en 1376 de l’hégire (1957), organisera le siège d’un poste de police et d’un hôpital. Très virulent à l’égard des blancs, il n’hésitera pas à se réjouir lorsqu’un avion d’Air France plein de blancs s’écrasera, ou lorsque Kennedy mourra assassiné. Il dira plus tard de la Marche vers Washington pour le travail et la liberté du 28 août 1963 (1383 de l’hégire), qu’il ne comprenait pas pourquoi les noirs s’émerveillaient d’une manifestation  »menée par les Blancs devant une statue d’un président mort depuis cent ans et qui ne nous aimait pas (…) ». Connu du grand public en 1378 de l’hégire (1959) après qu’une émission de télévision s’intéressa à son cas, les médias du monde entier s’acharneront ensuite à diffuser ses propos les plus tranchants. Ses  »white devil » lancés à l’égard des blancs lui faisant face rentrent ainsi dans l’histoire. Il devient alors une source d’inspiration pour de nombreux afro-américains dont le boxeur Cassius Clay, qui intègrera un temps la Nation of Islam, avant de se convertir à l’islam.
 
Au moment de sa rencontre avec Fidel Castro, en 1379 de l’hégire (1960), il prends ses distances avec son chef spirituel Elijah Muhammad. Les rumeurs d’adultère à son encontre ayant eu raison de son image de gourou irréprochable. En 1383 de l’hégire (1963), Malcolm décide de rédiger son autobiographie avec Alex Huley. L’année suivante, il annonce quitter l’organisation. Se rapprochant de l’islam orthodoxe, il développe en parallèle une conscience politique des plus fortes. Rappelant les noirs a se montrer fiers, il émet l’idée d’une autosuffisance économique et d’un nationalisme noir, prélude à la fondation même d’un Etat noir dans l’Etat. La même année, il réalise son pèlerinage à La Mecque. Il en décrit le constat fait dans son autobiographie :
 
« Il y avait des dizaines de milliers de pèlerins. (…) Ils étaient de toutes les couleurs, des blonds aux yeux bleus aux Africains à la peau noire. Mais nous étions tous les participant d’un même rituel, montrant un esprit d’unité et de fraternité que mes expériences en Amérique m’avaient mené à croire ne jamais pouvoir exister (…) L’Amérique doit comprendre l’Islam, parce que c’est la seule religion qui efface de sa société le problème des races’. Il en revient appelé Malik El-Shabazz, et désormais, véritablement musulman, s’émancipant du racialisme qui était le sien. Comprenant la fausseté du  »message » de son ancien gourou, les relations avec la Nation se détériorent gravement. Son prêche continue néanmoins à se faire essentiellement à destination des noirs. Dans son célèbre discours prononcé le 3 mai 1964 (1383 de l’hégire), il déclare face à la foule : « Je ne suis pas un Américain. Je suis l’une de 22 millions de personnes noires qui sont les victimes de l’Américanisme […] Il y aura des cocktails Molotov ce mois-ci, des grenades à main le mois prochain, et autre chose le mois suivant. […] Ce sera la liberté, ou ce sera la mort. ». Loin encore de tenir un discours rassembleur et pacifiste, il insiste sur la nécessité des noirs à d’abord s’unir, et faire front.
 
Le 21 février 1965 (1384 de l’hégire), peu après que sa maison eut été visée par un attentat, Malcolm X prononce son dernier discours dans le quartier de Harlem. Celui-ci à peine entamé, une dispute éclate, un homme accusant un autre d’avoir ses mains dans les poches. Au même moment, un autre s’avance vers Malcolm, qui, appelant au calme, se fait alors tirer dessus. S’effondrant, touché au ventre, ce sont deux autres hommes qui l’abatteront de 16 balles supplémentaires. Si 3 membres de la Nation of Islam furent condamnés pour son assassinat, certaines théories circulent affirmant la participation de membres du gouvernement américain. L’enquête n’est bien évidemment jamais allée plus loin. Son message et ses idées ne meurent néanmoins pas avec lui, tant il continuera alors d’alimenter les espoirs de nombreux militants noirs, des Black panthers aux désoeuvrés de Soweto. Une légende est ainsi née.
 
Renaud K.
 
Pour en savoir plus :  »Autobiographie de Malcolm X », de Malcolm X et Alex Huley.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.