Al-Bīrūnī, le polymathe de l’Islam

Né en 362 de l’hégire (973) dans le Khwarezm en Asie Centrale, Abū l-Rayḥān Muḥammad ibn Aḥmad al-Bīrūnī est le fils d’une famille d’artisans aux faibles revenus. Évoluant à Kath, capitale de la dynastie perse – et depuis peu musulmane – des Afrighides, il a cependant la chance de croiser les plus grands savants de l’instant, de passage ou siégeant dans la cité. L’esprit curieux, il se trouve une place parmi les étudiants des différentes sciences de son temps; on le voit jusqu’à ses vingt-cinq ans apprendre la jurisprudence islamique, la physique, les mathématiques et la grammaire. Un maître parmi d’autre va particulièrement marquer l’enseignement d’al-Bīrūnī : le mathématicien (à l’origine de la loi des sinus) Abū Naṣr Manṣūr al-Djilānī. Migrant en 384H (995) à Bukhara, alors sous la dynastie des Samanides, il commence à échanger avec le célèbre Ibn Sīnā (Avicenne), il entame la rédaction de son premier ouvrage, al-Athār al-Baqqiyā ‘an al-Qorūn al-Khaliyyā, (Chronologie des anciens peuples). Remontant de la création de l’Homme au déluge, rapportant tous les faits connus sur Nabuchodonosor ou Alexandre de Macédoine, il y relate dans cet ouvrage historio-scientifique les subtilités des calendriers arabes, grecs et perses, les coutumes et moeurs des diverses peuplades connues. Voyageant de cours en cours, il accompagne alors le plus grand des sultans de Ghazna, Maḥmūd, lors de son invasion de l’Inde. Al-Bīrūnī se prend alors de passion pour ce pays. Sur place, il y apprend le sanskrit, l’hindi et d’autres dialectes, avant de s’initier à l’histoire, la religion, la philosophie et les coutumes locales. Il en tire un ouvrage phare : le Kitāb taḥqīq mā li-l-Hind min maqūlat maqbūlat fī al-ʿaql aw marḏūlat). Y narrant vingt-quatre écrits de quatorze auteurs grecs, utilisant une quarantaine de sources en sanskrit, il ouvre la porte à l’indologie. Il semble d’ailleurs avoir très vite connu et parlé plusieurs langues : le sogdien, l’arabe, le turc, le persan, le syriaque, l’hébreu et même le grec. Féru de chiffres, il travaille aussi à mesurer la taille du soleil et à la conception d’un Astrolabe. Sous le règne de Masʿūd, fils de Maḥmūd de Ghazni, sa situation s’améliore. Le nouveau sultan est un homme instruit qui s’intéresse au développement des sciences. Al-Bīrūnī lui dédie un ouvrage d’astronomie, al-Qānūn al-Masʿūdi, soit un compendium de connaissances regroupées en onze volumes, qu’il termine en 428H (1037). Désavouant des théories de Ptolémée ou d’Aristote, il va rédiger près de 150 ouvrages. La première mappemonde réalisée en Asie centrale est la sienne. Il est aussi l’auteur de Gemmes, un ouvrage traitant de géologie et des minéraux. Considéré plus tard comme l’un des plus grands savants de l’histoire, il avait été derrière bien des développements et découvertes. À l’âge de 17 ans, il calculait déjà la latitude de Kath en utilisant l’altitude maximum du Soleil. À 22 ans, il proposait une méthodologie pour projeter un hémisphère sur un plan. Peu après, Il mentionnait encore la force d’attraction que la Terre exerce sur les corps, avant de proposer son calcul du rayon de la Terre à 6 339,6 km (résultat utilisé en Europe jusqu’à l’ère contemporaine). Inventeur d’une formule d’une étonnante simplicité qui lui permit de calculer la circonférence de la Terre, il a aussi émis l’hypothèse du mouvement de notre planète autour du Soleil, et formulé l’idée de l’alternance cyclique des époques géologiques. Il parle à l’époque, sur la base de ses calculs, d’un possible ”nouveau monde” inconnu, se situant alors dans ce qui pourrait être l’océan pacifique. L’Amérique ? Certains historiens le pensent. Ses apports aux mathématiques ont concerné tant l’arithmétique, que la sommation des séries, l’analyse combinatoire, la règle de 3, l’étude des nombres irrationnels, la théorie des rapports, l’algèbre, la géométrie, les théorèmes d’Archimède, comme la trisection de l’angle et son impossibilité pressentie. Présenté aussi comme un botaniste, il avait établi une large classification des végétaux, animaux et minéraux, avant de rendre la vie en 439H (1048). Mathématicien, astronome, physicien, encyclopédiste, philosophe, astrologue, voyageur, historien, pharmacologue et précepteur ; il fut aussi un spécialiste des religions comparées avant l’heure, étudiant notamment le zoroastrisme comme le judaïsme et tentant d’expliquer le pourquoi du comment des crispations se faisant autour de l’islam dans les couches les moins éduquées d’Inde. Un cratère lunaire ainsi qu’un astéroïde porte encore son nom.

Renaud K.


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