Shajar ad-Durr, la servante devenue sultane

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Shajar ad-Durr est de ces dames ayant marqué l’histoire de l’Islam. Née sous l’ère mamelouke entre l’Arménie et l’Anatolie au début du 13e siècle chrétien, elle nous est seulement connue après avoir été faite captive et offerte au fils du sultan d’Egypte d’alors, al-Ṣāliḥ Ayyūb. C’est lui qui lui avait d’ailleurs donné le surnom de Shajar ad-Durr – l’arbre de perles – son véritable nom nous étant inconnu. Arrivé en 635H (1238) à la tête du sultanat ayyoubide, al-Ṣāliḥ Ayyūb fait au grand dam de ses épouses de Shajar son officielle, écartant même ces dernières au loin dans une forteresse. Si de ce sultan elle aura un fils, Khalīl, Shajar va surtout faire parler d’elle après la septième croisade menée contre l’Egypte en 647H (1249). Menée par le roi Louis IX, cette croisade aura ça de spéciale qu’elle sera la seule ayant conduit à l’arrestation d’un roi franc. Capturé par les Mamelouks dirigés par le fameux général Baybars, le roi des Francs n’avait été libéré qu’après le versement d’une rançon estimée à un million de dinars. Retenu à Damas et mourant peu avant, al-Ṣāliḥ Ayyūb n’avait eu aucun fils assez âgé pour lui prendre le relais. Souhaitant éviter une crise politique, Shajar avait alors caché la mort du souverain durant de longs mois avant que l’un de ses fils, Tūrān Shāh, ne soit désigné en remplaçant. Mais Tūrān Shāh est trop jeune et jugé inapte par la cour turque du sultan défunt, les généraux avaient eu l’idée originale de confier la régence de l’Etat à sa favorite, Shajar. L’événement est alors sans précédent. Mais le calife abbasside al-Musta’sim refuse de voir sa plus puissante vassalité être aux mains d’une femme. Elle lui tiendra tête plus de deux mois durant l’été 648H (1250), avant d’épouser le prétendant choisi par les émirs de la région, le mamelouk Aybak. Mais la noblesse ayyoubide voit d’un mauvais oeil l’arrivée de l’un de leurs soldats-esclaves au pouvoir; Shajar est définitivement préférée à son mari. Par là, elle va indirectement gérer les affaires d’Etat durant les sept années suivantes. Elle signe les décrets et décide des campagnes et réformes à mener, une monnaie est aussi vite frappée en son nom et c’est son nom que l’on prononce lors des sermons du vendredi aux côtés de celui du calife. Mais l’affaire tourne au vinaigre en 655H (1257). Rentré d’une partie de polo, elle aurait assassiné son mari à la sortie de son bain. Ses raisons ? Jalouse, elle n’avait pas supporté qu’il ait cherché à prendre une seconde épouse. Ses opposants à la cour sautent sur l’instant pour alimenter les colères contre elle. Des émeutes éclatent quand des eunuques lui tombe dessus : ils la battent à mort avant de la jeter dans les fosses de la cité. Sans plus de souverain, c’est le fils d’Aybak, al-Manṣūr Nūr ad-dīn ‘Alī qui est désigné en nouveau sultan. Âgé de onze ans, il partage le trône avec le bientôt célèbre Qutuz, alias le co-artisan – avec Baybars – de la bataille d’Ayn Jalut ayant causé la défaite des Mongols en Orient.

 

Renaud K.


Pour en savoir plus :  

  • André Clot, L’Égypte des Mamelouks 1250-1517. L’empire des esclaves, Perrin, 2009, 
  • Heikal Azza, Il était une fois une sultane Chagarat al-Durr, Paris, 2004, 
  • Issa Meyer, Femmes d’Islam, Ribat, 2019