Shah Ismail II, ou l’interlude sunnite en Perse

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Beaucoup d’entre les musulmans pensent que la dynastie des Safavides ayant fait l’Iran que nous connaissons était exclusivement composée de Princes Chiites. Il est vrai que c’est sous cette dynastie organisée par son fondateur Ismail Ier que le Chiisme duodécimain devint la religion officielle et majoritaire Perse. Aussi, si les protagonistes de la dite dynastie furent tous plus ou moins portés par un certain zèle religieux, il est en revanche faux d’affirmer que l’entièreté de la dynastie fut attachée au Chiisme.

Il faut pour cela revenir à un souverain safavide très particulier : le Shah Ismail II. Il entreprit en effet à peine 70 années après la « Chiitisation » forcée menée par son grand-père Ismail Ier de réinstaurer le Sunnisme en Perse via au travers de diverses mesures. Mesures qui mettront d’ailleurs gravement en péril ses relations avec le clergé chiite, les Qizilbash (miliciens chiites), comme avec le reste de sa famille acquise à la religion du père.

Ismail al-Safavi naît en 943 H (1537) à Qom, grande cité religieuse chiite. Il est le fils du Shah Tahmasp Ier et d’une princesse sunnite issue de la dynastie des Aq Qoyunlu, Sultanum Begum. Peu de choses sont connues à propos de sa jeunesse excepté le fait qu’il fût très tôt associé, en sa qualité de prince héritier, aux responsabilités du pouvoir, devenant Gouverneur de Shirvan en Azerbaïdjan dès l’âge de 10 ans. Il va mener ainsi jusqu’en 963 H (1556) plusieurs campagnes contre les Ottomans dans le Caucase jusqu’à finalement être destitué de son poste pour être nommé par son père Gouverneur du Khorassan, grande province située entre l’Iran et l’Afghanistan.

Un chose étrange se produit alors : quelques mois seulement après son arrivée à Hérat, le jeune Prince âgé de 19 ans est finalement arrêté et emprisonné sur ordre direct de son père le Shah. Il aurait alors été mis sous écrou « dans l’intérêt de l’État pour cause d’actes répréhensibles ayant déplus au Shah ». Personne ne saura officiellement pourquoi Ismail fut emprisonné, mais il est pour beaucoup probable que l’acte le plus “répréhensible” en soi fut son rapprochement d’avec les sunnites, et au final, la conversion au Sunnisme du jeune prince…

Hérat était en effet connue pour être une ville mixte Sunnite/Chiite, et les régions afghanes étaient, plus que la Perse, fortement attachées au credo de la foi Sunnite qui fit que l’Afghanistan resta sur cette voie malgré plus d’une centaine d’années d’occupation du territoire par la Perse Chiite. Ismail restera enfermé durant près de 20 années, officiellement pour complot contre le Shah, et n’est libéré qu’à la mort de ce dernier qui aura régné 52 ans.

À ce moment survient une lutte interne aux Safavides pour la succession entre partisans d’Ismail et partisans du prince Haidar Mirza. Ce dernier était aussi soutenu par les Qizilbash et les Géorgiens. Ismail était quant à lui soutenu par sa soeur, fille préférée du Shah, qui fit se rallier à lui plusieurs clans influents. Il finit alors par l’emporter et monte sur le trône en 984 H (1576) sous le nom de Shah Ismail II.

Dès son arrivée au pouvoir, Ismail organise une véritable épuration, tant dans les rangs des Qizilbash que dans sa propre famille. La majeure partie de la famille de son rival Haidar Mirza est aussi assassinée dont ce dernier. Religieusement parlant, Ismail prit très tôt une large distance avec les dogmes du Chiisme Duodécimain, religion d’état de la perse depuis plus de 70 ans. Au contraire, sa politique religieuse fut largement tournée vers le Sunnisme. Parmi ses premières décisions : interdire les tabarrā’iyān, les malédictions publiques lancées contre Abu-Bakr, ‘Omar, ‘Othman, ‘Aisha et Hafsa. La chose est inédite dans cet Empire jusqu’ici marqué par les massacres de Sunnites, les conversions forcées et le rejet publique de ses grandes figures.

Un conflit commence alors entre le nouveau Shah et les clans Qizilbash dont le zèle religieux était plus que marqué. Ismail n’aura alors de cesse durant son court règne de chercher à les affaiblir tandis que ces derniers, conscients de la politique sunnite du souverain, s’étaient alliés au clergé chiite pour le contrecarrer. Ismail usa de son influence pour encore démettre de leurs fonctions tous les Mollahs Chiites qui injuriaient les trois premiers Califes et leurs descendances pour les faire immédiatement remplacer par des savants sunnites. Parmi eux vont ainsi figurer Mawlana Mirza Jan Shirazi et Mir Makhdum Lala (ils devront s’enfuir chez les Ottomans après la restauration du dogme Chiite par le successeur d’Ismaïl).

Par ailleurs, lors des réunions du conseil, Ismaïl moquait et refusait systématiquement les demandes formulées par les clercs Chiites, mais acceptait toujours et avec déférence les demandes des savants Sunnites à qui il avait aussi donné accès au conseil. L’une de ses dernières décisions les plus visibles fut encore sa volonté ferme d’effacer de la monnaie officielle les noms des 12 Imams adorés par les Duodécimains. Ce fut une véritable entreprise d’abolition du Chiisme Imamite et de restauration du Sunnisme Orthodoxe que le Shah aura tenté de mettre en place en Perse. Mais il n’aura jamais l’occasion d’achever sa politique : il meurt en 985 H (1577), empoisonné pour certains par sa sœur, Pari Khan Khanoum, celle là même qui l’avait aidé à monter sur le trône. On dit qu’il avait eu le malheur de s’être montré ingrat avec elle une fois la gloire atteinte…

Ce Shah unique en son genre n’aura régné au final qu’un an. Son entreprise religieuse tomba aussitôt à l’eau, son frère et successeur, Mohammad Khodabendeh, refaisant du Chiisme duodécimain la doctrine d’Etat.

Sab Ry (HistorIslam)

 

Pour en savoir plus  :

« La conversion de la Perse, religion et pouvoir dans l’Empire Safavide » Rula Jurdi Abisaab.

https://www.geni.com/people/Ismail-II-Safavi-Shah-of-Iran/6000000008019159202

 

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