Sayyida, princesse andalouse de Tétouan

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Issue des Banu Rashid, une famille de notables andalous, celle que l’on connaît sous le nom de Sayyida al-Hurra (ou Sitt al-Hurra) est la fille d’Alī ibn Rashīd, un chérif idrisside, et de Zohra Fernandez, une espagnole convertie à l’islam. Ayant fui avec ses proches le Royaume de Grenade en 897 de l’hégire (1492), année où la reconquête de l’Espagne par les chrétiens arrivait à son terme, elle arriva au Maroc où son père fonda la ville de Chefchaouen, l’une des cités abritant alors le plus grand nombre de réfugiés. Épousant le prince de Tétouan, Alī al-Mandri, son destin prit un tournant décisif en 921H (1515) lors du décès de celui-ci. Sans autre alternative, la gouvernance de Tétouan lui était de facto revenue. Décidée à batailler contre les Portugais et Espagnols voisins, elle avait alors contracté une alliance avec l’amiral balkanais Arudj Barbarossa, le frère du célèbre corsaire des Ottomans, Khair ad-Din, afin de harceler les côtes et navires chrétiens. De par ses actions, elle était en quelques années devenue une interlocutrice de premier plan, et reconnue de ses ennemis, sur la scène internationale. Elle rénova la flotte militaire locale et dirigea directement les expéditions maritimes sur le flanc atlantique, négociant encore çà et là avec les chrétiens pour la libération de captifs. Dans le cadre privé, elle s’était remariée, plus tard, avec le sultan des Wattassides, Abū al-‘Abbās Aḥmad ibn Muḥammad, alias l’homme le plus puissant de l’Occident musulman. Gouvernant Tétouan jusqu’en 949H (1542), elle cédera cette année-là, bon gré malgré, le pouvoir à son beau-fils, Muḥammad Ḥassan al-Mandri. Regagnant après cela la cité de Chefchaouen, les circonstances de sa mort sont, encore à ce jour, très floues.

 

Renaud K.