Samori Touré, un Empereur d’Afrique contre la République

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Samori Touré est l’une des figures les plus importantes de l’Afrique contemporaine. L’un des derniers grands Empereurs musulmans du continent, il aura été la plus fameuse figure de la résistance à la colonisation européenne de l’Afrique. Né en 1240 de l’hégire (1830) en Guinée dans une famille gagnée au paganisme, Samori grandit en une Afrique de l’Ouest en pleine mutation; le continent noir s’islamise durablement et développe comme jamais ses contacts avec l’Occident. Jeune commerçant, Samori entame le virage de sa vie à ses 18 ans lorsque sa mère est réduite en captivité par un clan adverse. Sommé de travailler pour ledit clan – celui des Cissé – afin de la faire libérer, il sert alors dans leur armée durant sept années. Sa mère enfin libre, Samori est alors un guerrier aguerri. Rejoignant les siens et connu au milieu d’eux pour ses prouesses au combat, il est alors désigné comme leur chef de guerre. La situation s’y prête assez : en 1280H (1864), l’Empire Toucouleur – qui maintenait jusqu’ici les terres de la région unies – vient tout juste d’éclater. Faisant face aux multiples proto-États qui se créent autour de lui, Samori décide aussitôt de fonder le sien, dans les hautes terres guinéennes. C’est alors à cet instant qu’il se convertit à l’islam, faisant ses classes auprès des savants malékites locaux, et qu’il reçoit le titre d’Almami. Guerre, commerce et religion sont alors les mots d’ordre du nouvel État islamique en construction. Important des fusils auprès de colons anglais voisins, il part en guerre contre les potentats qui lui résistent et réussis en quelques années à s’imposer comme un important souverain de l’Ouest africain. Dans les années 1300 de l’hégire (1880), son État – devenu un Empire nommé Wassoulou – est alors des plus puissants; son économie basée sur l’extraction de l’or, la traite de captifs et le commerce de denrées en tout genre en fait aussi l’un des plus riches, et des plus grands. S’étalant de la Guinée au Mali, du Sierra Leone à la Côte d’Ivoire et jusqu’au Burkina Faso, l’Empire wassoulou subjugue plusieurs millions d’âmes. Des liens diplomatiques sont établis avec les Britanniques et l’État islamique du Foutah Djallon, quand la guerre, elle, se fait son chemin avec les Français. Cherchant à occuper la partie atlantique de l’Afrique, les Français vont à plusieurs reprises tenter de briser les avancées de Samori. En vain. L’empereur sait se défendre et repousse avec brio l’envahisseur lors de violentes batailles. Ce n’est qu’en 1303H (1886) que les Français finissent par prendre un premier dessus. Imposant à Samori la cession de quelques avantages commerciaux et l’envoi de son fils à Paris, les Français n’ont fait cependant qu’allumer la flamme du résistant enfoui en lui. Désormais entouré de près de 40 000 hommes en arme, cavaliers et bons tireurs, il arrive, au grand désarroi des Français, à encore étendre son Empire sur les terres voisines. Craignant une guerre qui leur aurait été fatale, les colons envoyés par la IIIe république décident alors de frapper un grand coup en capturant Bissandougou, la capitale du Wassoulou. Se repliant dans l’arrière-pays, Samori ne peut désormais affronter directement les envahisseurs, il décide de les harceler afin de les avoir à l’usure. Il pratique alors la politique de la terre brûlée, empêchant l’implantation des forces françaises, et lance des raids ici et là contre leurs intérêts. C’est après six années de résistance que Samori est finalement arrêté. L’attaque d’un bataillon français – alors anéanti – par l’un des fils de Samori en 1316H (1898) avait déclenché la fureur des Français et une violente campagne de représailles. Mis aux fers, photographié et présenté aux généraux vainqueurs, il est laissé sauf mais exilé au Gabon. Samori Touré y mourrait, en captivité, le 2 juin 1900 (1318H), des suites d’une pneumonie. Il est encore aujourd’hui célébré comme un héros des différents pays d’Afrique jadis réunis sous sa bannière.

 

Renaud K.


Pour en savoir plus : 

  • Yves Person, Samori : une révolution dyula, Université de Paris, 1970, 1271 p., thèse de lettres publiées en 3 volumes par l’Institut fondamental d’Afrique noire, Dakar, 1968
  • Roland Oliver et G. N. Anderson (dir.), The Cambridge History of Africa, vol. 6, From 1870 to 1905, Cambridge University Press, Cambridge, 1985, 956 p.
  • Boahen, A. Adu (1989). African Perspective on Colonialism. Baltimore: Johns Hopkins University Press. p. 144 pages.E