Salahuddin, un récit, une vie

Amateur d’échec, chasseur confirmé, féru d’histoire et de poésie, Salahuddin fut selon ses biographes un homme d’un raffinement certain. Aimant qu’on lui lise des vers d’Usama ibn Munqidh, célèbre prince syrien, il avait encore accepté à sa cour les auteurs satiriques les plus en vues de l’époque.

S’ils ne s’attaquèrent jamais au sultan, ses plus proches collaborateurs en eurent pour leur compte. L’un d’eux, al Wahrani s’en était ainsi pris au juge du Caire, Sadr ad Din Ibn Durbas comme au secrétaire de Salahuddin, Imad ad Din, accusant le premier de bêtise et le second d’avoir des penchants homosexuels. Un autre, Ibn Unayn, était allé plus loin encore. Accusant la mère du traditionaliste Ibn Asakir de femme facile, il avait encore osé prétendre qu’al Fadil, l’un des hommes au plus sommet de l’Etat égyptien, se plaisait à simuler sa foi et de s’adonner à la fornication. La patience et l’humour de Salahuddin avait cela dit ses limites, il fit exiler ce dernier comme il le fit avec d’autres. 

Se mariant en 1176 de l’ère chrétienne avec l’ex-femme de Nur ad DinIsmat ad Din, alors âgée de 40 ans à cette époque, il s’était dit-on fort épris d’elle, lui écrivant régulièrement depuis les champs de bataille où il s’exerçait. Il n’avait d’ailleurs appris la mort de cette dernière, une décennie plus tard, qu’après de longs mois, ses proches préférant le lui cacher le temps qu’il réussisse ses sièges. N’ayant eu aucun enfant avec elle, il eut en revanche plus d’une dizaine de concubines avec lesquelles il aura eu 24 enfants. Toutes furent affranchies après avoir mis au monde l’un d’eux et suivi l’éducation religieuse d’imams dédiés à la tâche, qui leur donnait cours sans jamais les voir, cachées qu’elles étaient derrière un rideau. Ne voyant que par coups de vents ses enfants, Salahuddin les confiait généralement à ses meilleurs hommes, qui devaient alors veiller à leur enseigner l’islam et l’art de la guerre.

Constamment en voyage, Salahuddin vivait le plus souvent dans la plus grande des simplicités, partageant le repas avec ses hommes, ne passant la nuit dans sa tente que lorsque le mauvais temps le contraignait. Il déposséda même un jour de sa place de conseiller le gouverneur Safi ad Din ibn al Qabid, qui plus tôt lui avait proposé une résidence luxueuse dans laquelle séjourner. Convaincu que le luxe n’était que perte et éloignait du Jihad, il avait rapidement acquis l’image d’un guerrier rude et austère, ce qui ne l’empêcha de recevoir ses hôtes dans le plus grand des fastes, comme en témoigne les chroniques des ambassadeurs d’époque. 

Aussi, ses biographes le souligneront souvent, Salahuddin pouvait facilement s’émouvoir. Il avait, sans prendre garde de ce que l’on pouvait conter de lui, verser des larmes en de nombreuses occasions. Des larmes coulèrent sur ses joues, devant son assistance, à la mort de son jeune frère Buri devant les murs d’Alep en 578H (1183). Elles coulèrent encore lorsqu’il reçut une Franque venue lui réclamer en sanglot la libération de son fils. Elles coulèrent encore et encore lorsqu’il écoutait ses récitateurs lui rappeler des versets du Coran. Encore avait-il les yeux remplis de larmes lorsqu’il exhortait ses hommes au Jihad monté sur son cheval lors de la prise d’Acre.

Alité sur la fin faute à une intense fièvre auprès de ses femmes et quelques récitateurs du Coran, il poussa son dernier souffle aux côtés de son fidèle ami al Fadil, sans plus aucun sou dans ses caisses, tout ayant été dépensé dans le Jihad et les aumônes…

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