Saint François d’Assise chez le sultan, la paix en temps de croisade

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Alors que l’été de l’année 615 de l’hégire (1218) montrait ses premiers signes, une cinquième croisade allait déferler sur l’Égypte. L’intransigeant cardinal portugais, le Pélage d’Albano, décida de lancer les soldats du Christ contre le sultan de l’instant, l’ayyoubide al-Malik al-Kāmil Nāṣir al-dīn, neveu du sultan victorieux. L’affaire est prise à coeur, il fallait venger l’affront essuyé trente ans après la victoire de Ṣalāḥ ad-Dīn contre les Croisés à Jérusalem. Contenant la venue des Croisés à Damiette, le sultan al-Kāmil fait alors aux conquérants une offre que personne n’attendait : il consent donner Jérusalem aux chrétiens et mettre un terme aux 120 ans de guerre ayant acculé les deux parties. La condition : les chrétiens doivent poser les armes et renoncer à toute autre percée en terre d’Islam. Favorablement reçue par Jean de Brienne, roi de Jérusalem, et ses barons francs, l’offre est refusée par le Pélage d’Albano; les Croisés prennent Damiette dans la foulée, dans la plus totale des violences.

 

C’est à cet instant qu’un homme est vu arrivé pieds nus et enfoui sous la poussière, aux portes du sultan. Il s’agit du Saint catholique et penseur majeur du christianisme médiéval : François d’Assise. D’Italie au Caire, l’homme, aidé que de sa seule foi, a ainsi échappé aux tumultes de la guerre et bandits de grand chemin dans l’idée d’appeler au Christ celui qu’on percevait alors comme le sultan de la mythique Babylone. Al-Kāmil, impressionné, refusera cordialement son invitation au baptême, mais recevra François d’Assise tel un diplomate de haut rang. Des cadeaux lui sont offerts et l’homme est logé dans les meilleures chambres. Peu de témoins relatèrent la scène, mais l’on sait qu’ils avaient pu longuement et cordialement s’entretenir avant que François ne reparte, escorté des soldats de l’État islamique, jusqu’à bon port. Les rapports faits, dans les rangs chrétiens, de cette rencontre, prendront diverses couleurs au gré des siècles et de l’évolution des contacts islamo-chrétiens. Tous mettent cependant en avant toute la mansuétude du sultan, qui à l’image de son oncle Ṣalāḥ ad-Dīn, s’était montré bon prince.

 

Il avait face à François réitéré une nouvelle fois sa proposition d’offrir Jérusalem aux chrétiens et de mettre un terme à la guerre. L’intercession du Saint catholique n’y fit rien : l’été 618H (1221), Pélage marchait avec ses soldats sur Le Caire, dédidé qu’il était de verser le sang des musulmans, coute que coute. Le fanatisme du zélote chrétien ne fut cependant pas de taille face aux crues du Nil, qui, au même moment, mit les Croisés les pieds dans l’eau et la boue; ils furent contraints de se rendre, regagnant leur liberté qu’en jurant à al-Kāmil de quitter l’Égypte.

 

Renaud K.