Roxelane, la trouble favorite

 

Suleyman (Soliman le Magnifique) enfreint les règles usuelles de l’empire, ardemment épris de Roxelane, il délaisse les autres concubines. Il est littéralement séduit par les talents, l’esprit fin, la culture et les poèmes que lui dédie son audacieuse bien-aimée.

L’ensemble du harem s’inquiète sérieusement de tant de faveurs évidentes en destination d’une seule femme. Cette amère situation vient attiser la jalousie féroce de Mahidevran. Au fait d’une volonté assassine de cette dernière, pourtant avortée, Roxelane, décide de la visiter au sein de ses appartements. Prise de colère, Mahidevran l’agresse violemment au visage au moyen d’une paire de ciseaux. Roxelane fait alors le choix de ne pas se défendre et se saisit de cette belle opportunité pour tenter d’évincer sa rivale, et se plaindre auprès du sultan, avec une note prononcée d’exagération. Roxelane s’hasarde à persuader le pâdichâh de faire exiler sa concurrente en dehors de Constantinople. Toutefois, le plaidoyer du grand vizir Ibrahim, en faveur de Mahidevran, permet à cette dernière de se voir infliger une sentence plus légère que celle escomptée par son adversaire. En effet, elle est congédiée dans ses appartements au vieux Sérail, avec son fils Mustafa. C’est alors un début de victoire pour l’ambitieuse ruthénienne, qui se sait enceinte.

Roxelane accouche de son premier enfant au nom de Mehmet. Cinq autres enfants suivront Abdullah, Selim, Bayezid, Cihangir et Mihrimah, sa fille cadette. Roxelane devient alors Hasseki, favorite du sultan et parvient à faire en sorte que le pâdichâh entretienne avec elle une relation purement exclusive. On y voit alors une situation totalement innovante, au regard des mœurs traditionnelles régissant le harem. Roxelane tente de se libérer de sa position servile, et s’élance dans d’innombrables œuvres pieuses telles que la construction de la fabuleuse mosquée Sülemaniye (en présent à Suleyman) et diverses écoles. Elle s’imprègne de la religion islamique par de nombreux échanges avec les imams et théologiens de l’époque. Or, n’étant pas musulmane, elle n’en tire pas les bienfaits attendus, ce qui la plonge dans un grand désarroi. Cet état ne manque pas d’affecter Suleyman qui décide, à cet effet, de l’affranchir pour lui rendre hommage.

En femme devenue libre, elle embrasse la foi musulmane, et va alors réussir à édifier une manœuvre qui la sortira de sa condition. Elle se refuse charnellement au pâdichâh en arguant sa volonté de se préserver du péché hors mariage. Cette situation ne manque pas de fortement le contrarier, mais piégé dans une sérieuse dépendance amoureuse, il ne peut se priver de sa bien-aimée plus de trois jours qu’il s’incline à la prendre comme épouse tant il a besoin d’elle. La Hasseki progresse dans ce qu’aucune autre n’est parvenue à réaliser au sein de l’empire. Elle bouleverse tous les codes tacites, à la fois dérangeante et admirée de ses pairs face à son ascension au rang de dame. Insidieusement, elle devient peu à peu une véritable conseillère politique auprès du sultan ainsi que l’interlocutrice principale des ambassadeurs européens et joue un très grand rôle dans le contrôle du trafic d’esclaves sur sa terre natale….

Anissa B.


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