Rashīd al-Dīn, le vizir et mécène des Mongols

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Rashīd al-Dīn Faḍlullāh Hamadānī est l’un des plus grands personnages de l’ère ilkhanide, la dynastie mongole fondée par le conquérant de l’Orient musulman et l’auteur du sac de Bagdad, Hülegü Khān. Juif, né dans le centre culturel juif d’époque, Hamadan (en Perse), il s’était converti au chiisme dans la dernier quart du 13e siècle chrétien au moment où ladite dynastie s’y était aussi tournée. De médecin il était devenu vizir (premier ministre), puis historien, théologien, philosophe et mécène. Immensément riche, doté de plus de 200 esclaves et aidé de ses nombreux fils et sa centaine d’employés, il allait financer et diriger la construction de quartiers entiers de Tabriz à Sultaniya – les capitales des Ilkhanides – avec bibliothèques, hôpitaux, fabriques de papier, hôtels de monnaie et mosquées. De nombreux corans enluminés devaient être rédigés par mois dans un atelier bâti sous ses ordres; ainsi de la reproduction de ses propres oeuvres. On lui doit notamment un Jāmiʿ al-tawārīkh, soit une Histoire Universelle narrant les grands faits des Hommes et des Prophètes, allant du récit des Chinois à celui des Francs, des Turcs aux Mongols en passant par celui des Arabes. Décrit parfois comme le premier véritable livre d’histoire mondiale, des doutes planent cependant sur l’auteur; d’aucun disent qu’il signa simplement ladite oeuvre finie sans même avoir payé son auteur, resté dans l’ombre. On lui doit en tout cas, à côté de son mécénat artistique et architectural, la mise en place d’un système économique et social stable en Perse. Il rénove encore d’anciens tombeaux de soufis, tel celui du mystique Bāyazīd Basṭāmī. Aussi, il participe en 702 de l’hégire (1302) à la campagne de Ghazan contre les Mamelouks, à l’époque où Ibn Taymiyya se taille une renommée en luttant par le sabre et la plume contre les Mongols d’époque. Connu d’un bout à l’autre du Dar al Islam, le savant de Damas parlera d’ailleurs de lui en ces termes : « C’était un Juif philosophant. Ensuite, il se rattacha à l’Islam avec ce qu’il y avait en lui du judaïsme et de la pratique de la philosophie, et il rejoignit ce Rafidisme-là ». Ayant traversé le règne de trois Khans, il est finalement exécuté par l’un d’eux, Abū Saʿīd Bahādur Khān, en 718H (1318); ses ossements seront moins d’un siècle plus tard exhumés et déplacés dans un cimetière juif.

 

Renaud K.


Pour en savoir plus :

  • Yahya Michot, « Rashîd al-Dîn et Ibn Taymiyya : regards croisés sur la royauté », dans Mohageh Nâma, en ligne sur le site Muslim Philosophy 
  • D. O. Morgan, « Rashīd al-Dīn Tabīb », dans Encyclopédie de l’Islam, 2e édition, tome VIII, p. 458-459
  • B. Hoffmann, « The Gates of Piety and Charity : Rašid al-Dîn Fadl Allah as founder of pious andowments », dans D. Aigle (dir.), L’Iran face à la domination mongole, Institut français de recherche en Iran, coll. « Bibliothèque Iranienne » no 45, 1997