Qu’est ce qu’un Sarrasin ?

Si le terme prête aujourd’hui à bien des interprétations, il eut pourtant durant tout le Moyen-âge une définition plutôt claire pour le commun des gens. Un Sarrasin, soit la forme francisée de Saracènes, est le nom que les chrétiens d’Europe d’époque donnaient aux musulmans, quelque soit leur origine ou couleur de peau. Présent sous la forme de Sarakenos ou encore Sarakènoi dans les textes grecs anciens, le terme est cependant déjà présent dans les ouvrages de Pline l’Ancien, Ptolémée ou d’Étienne de Byzance entre le 1er et le 3e siècle chrétien, soit bien avant l’existence des premiers musulmans compris comme tels. En fait, l’appellation fut d’abord appliquée aux Arabes rencontrés au nord de l’Arabie, alors province romaine (un empereur romain y était d’ailleurs né); parfois, elle était appliquée aux descendants des Thamud, peuple troglodyte ancestral mentionné dans le Coran. Al-Masʿūdī, géographe et auteur arabo-musulman du 9e siècle chrétien réutilisera le terme, expliquant qu’il désignait pour les Byzantins d’époque les “esclaves de Sara”, sans que l’on en sache plus. Le terme repris finalement un sens plus largement partagé lorsque les musulmans – des Arabes et Berbères – envahirent une seconde fois le sud de l’actuelle France entre le 9 et le 10e siècle chrétien, occupant Saint-Tropez et plus globalement la Côte d’Azur, se regroupant en un secteur montagneux que les géographes arabes nommèrent Jabal al-Qilal. Les Francs offrent dès lors à cet ensemble d’individus le nom de sarrasin – islam et musulman sont des termes alors longtemps inconnus – terme qui allait suivre les musulmans du monde entier sur plusieurs siècles jusqu’à l’avènement des Ottomans sur la scène internationale. Pour parler de l’islam, on fait ainsi longtemps mention de Loi des Sarrasins (voir les écrits du cardinal du 12e siècle Jacques de Vitry). Durant l’ère contemporaine, le terme allait tomber en désuétude – ainsi de celui de Maure ou Mahométan – pour être peu à peu remplacé par le terme de Turc, ceci indépendamment de l’origine réelle des concernés. Ce n’est qu’à l’approche du 20e siècle chrétien que l’on use enfin du terme de musulman pour nommer les fidèles de l’islam. 

Renaud K.


Pour en savoir plus :

  • Trésor de la langue française informatisé, Sarrasin (lire en ligne [archive]) 
  • J. Lacam, Les Sarrasins dans le Haut Moyen Âge français, Paris, Maisonneuve et Larose, 1965, 218 p., ill.
  • Joseph Henriet, Nos ancêtres, les Sarrasins des Alpes, Éditions Cabedita, coll. « Archives vivantes », , 134 p.
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