Quand Malte était arabo-musulmane

Au 9e siècle chrétien, l’Islam règne de la région de l’al-Andalus aux frontières de l’Inde. Le califat abbasside a sa capitale à Bagdad et de multiples dynasties se sont depuis élevées en actrices du Jihad aux frontières de cet Empire, fragmenté, mais le plus puissant du monde. En Méditerranée, seuls les Byzantins font encore de la résistance. La Crête est prise en 209 H (824), la Sicile en 216H (831), les Baléares, en 233H (848); suivent la Sardaigne et même la Corse. Malte, petit archipel d’îles à cheval entre le Maghreb et l’Italie n’échappera pas à la règle. L’oeuvre est alors celle des Aghlabides, une dynastie – hanafite et mu’tazilite – régnant sur l’Ifriqiya (Tunisie) ayant fait allégeance aux Abbassides avant qu’ils ne s’en séparent. Investie par une flotte militaire envoyée depuis l’Emirat de Sicile en 256H (870), Malte voit ses soldats byzantins la quitter in extremis. L’arrivée de ces musulmans est-elle une première ? La question divise et il est dit que Malte fut déjà sous le giron de l’islam plus tôt dans le siècle. Quoiqu’il en soit, c’est à compter de cet instant que démarre la colonisation arabo-musulmane de l’archipel. Une colonisation qui se fait sans mal puisque Malte est quasiment inoccupée. Une ancienne fortification romaine est choisie en capitale : ce sera la ville de Mdina. Mais les remous politiques au Maghreb sont nombreux et les Aghlabides ne tardent pas à laisser leur place aux Fatimides, des chiites ismaéliens ayant élevé leur propre califat depuis l’Ifriqiya, pour bientôt dominer toute une partie du Moyen-Orient. Malte passa ainsi sous leur pouvoir en 309H (921). La présence musulmane à Malte avait permis l’apport de nombreuses cultures, dont celle du coton, et de la technique de l’irrigation; le waqf s’y développe et la langue arabe devient celle de tous, même des chrétiens présents sur l’archipel. La toponymie contemporaine est d’ailleurs explicite : les routes sont nommées triq (de l’arabe tariq/chemin), des lieux portent le nom de Kbira (de l’arabe kabir/grand) ou de Qamar (lune). On y parle alors le siculo-arabe et le maltais moderne est le dernier vestige vivant de cette langue. Cette influence de l’arabe avait ainsi perduré malgré la prise de Malte par les Normands voisins ayant conquis la Sicile. Ces descendants de Vikings installés en Normandie s’étaient montrés très tolérants et avaient permis aux musulmans présents d’y rester sous conditions. L’islam s’y fait évidemment moins prégnant, mais reste la religion vécue de la plupart des habitants. Des auteurs arabo-musulmans s’y font même un nom; ainsi de Abū al-Qāsim Ibn Ramdan Al Malitī. En 647H (1249), le roi Frédéric II interrompt cependant l’idylle et les musulmans y sont expulsés à l’image de ce qu’il avait fait en Sicile. Malte se christianise alors rapidement, clôturant ainsi une page de l’histoire de l’archipel. Jusqu’à l’installation, en 936H (1530), des chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, Malte passe successivement sous la coupe des Souabes, Angevins, Aragonais et Castillans, avant de tomber sous celle du royaume de Sicile. Les Ottomans avaient tenté de reprendre Malte à deux reprises, une fois en 972H (1565), une seconde fois en 1023H (1614). En vain. Depuis, une petite communauté s’y est par le biais de l’immigration refait une place; ils seraient actuellement quelques milliers sur une population de quelque 400 000 habitants.

Renaud K.


  • Jacques Godechot (1970) Histoire de Malte, coll. Que sais-je ? no 509, PUF – Presses Universitaires de France, Paris
  • Martine Vanhove (1994) « La langue maltaise : un carrefour linguistique » [archive], p. 167-183, dans Revue du monde musulman et de la Méditerranéeno 71, 1994, Le carrefour maltais
  • Martin R. Zammit (12 Oct 2012). Jørgen S. Nielsen; Jørgen Nielsen; Samim Akgönül; Ahmet Alibasi; Egdunas Racius (eds.). Yearbook of Muslims in Europe, Volume 4. Malta: BRILL. pp. 389–397.
Fermer
Fermer

Se connecter

Fermer

Panier (0)

Cart is empty Aucun produits dans votre panier.