Quand les vizirs étaient juifs

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Les Juifs ont toujours été présents en terre d’islam. Reconnus comme des Gens du Livre, ils étaient bénéficiaires du statut de dhimmi, lequel leur offrait droits mais aussi devoirs divers. S’ils prospèrent dans le commerce et les sciences, parfois dans l’administration, les Juifs ne pouvaient cependant prétendre à la gestion directe de l’Etat musulman. En théorie, oui. Mais en pratique ?

 

Dans la pratique, la transgression était courante. Si un certain Hasdaï ibn Shaprut (m. 359H/970) aura déjà été pour le calife omeyyade de Cordoue, Abd ar Rahman III, son meilleur ambassadeur, son petit-fils aura lui été vizir (1er ministre) auprès de plusieurs émirs de la dynastie houdide de Saragosse. Faisant front aux Almoravides (dynastie berbère du Maroc), il s’était même payé les services du Cid, célèbre mercenaire et futur héros de la littérature européenne contre d’autres ennemis. S’occupant de l’éducation de la descendance des émirs, il était tombé en disgrâce après sa conversion à l’islam (les uns l’accusant de traître, les autres d’arriviste), s’effaçant après un départ au Hajj. Un autre Juif, Samuel ibn Nagrela (m.448H/1056) avait plus tôt marqué son temps en devenant le premier des siens à recevoir le poste de chef des armées en terre d’islam. Choisi par le Berbère et émir de Grenade Habus ibn Maksan à ce poste, il mène alors les moudjahidins grenadins contre leurs voisins musulmans de Séville tout en réalisant la carrière de rabbin talmudiste qui fera de lui l’une des principales autorité rabbinique médiévale. Plus tard, au 15ème siècle chrétien, Harun ibn Batash, d’abord un banquier et proche confident du dernier des émirs de la dynastie marocaine des Mérinides, était lui aussi parvenu au poste de vizir ; osant alors en toute infraction avec son statut théorique de dhimmi parader à cheval armé d’un sabre orné de versets coraniques. Lui n’aura pas la chance de ses prédécesseurs, il mourra assassiné en 869H (1465) par une foule en colère.

 

Renaud K.


Pour en savoir plus :

– A history of Jewish-Muslim relations, ouvrage collectif, Editions Princeton University Press