Quand l’élite française embrassait l’islam

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On imagine souvent le phénomène des conversions à l’islam dans les couches blanches de la France moderne comme un phénomène relativement récent. Le siècle des Lumières passé, alors en pleine sécularisation, la France, partant en conquête en Egypte puis en Algérie, redécouvre un Orient et une religion qu’elle avait trop longtemps conspué. L’islam, bien qu’étant la voie des barbares et sarrasins, n’est plus, comme elle l’était pendant tout le Moyen Age la bête noire des élites er clercs. Des gens se fascinent pour cette région du monde et sa religion. Aventuriers, généraux militaires, orientalistes et missionnaires chrétiens s’y bousculent. Certains parmi eux, subjugués par la foi mahométane, n’avaient ainsi pas hésité à se faire Musulmans.

Ils se nomment Jacques Demenou DeBoussay, René Guenon, Philippe Grenier ou Etienne Dinet. Hauts gradés de l’armée, intellectuels, hommes politiques ou peintres, tous auront à travers voyages et correspondances embrassé une religion jusque-là peu connue pour ce qu’elle était vraiment. Les femmes ne sont pas en reste. On peut notamment citer Isabelle Heberardt ou Eva de Vitray. Eprouvant pour beaucoup une attirance certaine pour le soufisme, certains passèrent parfois par des chemins très hétérodoxes. La spiritualité des Musulmans observée, lors des missions et voyages de ces hommes et femmes, tranche alors avec la rigueur d’une Église catholique qui lutte pour survivre. Nous entrons en pleine période orientaliste. L’islam fait figure à ce moment de religion très libérale, voire permissive. Si l’on ajoute à cela le charme d’un Orient fantasmé, avec son soleil, ses mets épicés et ses femmes que l’on s’imagine lascives et dévêtues se reposant dans de somptueux harems, l’attrait devient légion pour de nombreux érudits français.

L’entrée en islam est pour beaucoup une façon de totalement changer de façon d’être. Le costume est parfois troqué contre un burnous, le chapeau par un turban, le train de vie s’arabise. Nombre d’entre eux finira même par terminer leurs jours dans le pays, souvent l’Algérie ou l’Egypte, dans lequel ils connurent pour la première fois le contact avec la foi. Quelques fois moqués, plus souvent le sujet d’intrigues et de curiosités, ces convertis d’alors sont encore rarement vus comme des traîtres ou de potentiels dangers pour la société française. On se souvient notamment de l’un d’eux, Philippe Grenier, un homme devenu maire de sa ville à la fin du 19ème siècle chrétien, arborant fièrement le burnous algérien dans les rues de Paris. Il y eut aussi le cas de Jacques Demenou De Boussay, officiant sous Napoléon Bonaparte et remplaçant Kleber au titre de Général de son armée ; ses cinq prières faites en direction de La Mecque étaient le sujet de tous les bavardages. 

Renaud K.

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