Quand le GIGN libéra la Mecque

 

Le 20 novembre 1979 fut dans le calendrier musulman le 1er jour de l’année 1400. C’est aussi la date choisie par un groupe d’insurgés s’étant donné pour mission de reprendre la Mecque au royaume saoudien et annoncer la venue de Mahdi.

Il est peu après 5h du matin, l’imam Mohammed ibn Soubbayil s’apprête à la prière de l’aube, l’adhan depuis le micro de la Mosquée Sacrée est lancé. Soudain, l’impensable se produit. Un individu reprend le micro et les milliers de musulmans aux alentours entendent la voix d’un certain Jouhaymane al Utaybi. Il présente alors son beau-frère, Mohammed al Qahtani, comme le Mahdi tant attendu à un auditoire stupéfait. Des coups de feu retentissent, des hommes, par dizaines, tirent alors sur les gardes désarmés au milieu des fidèles. Pendant près d’une heure, Jouhaymane al Utaybi va fustiger le roi et sa famille au micro, appelant le monde musulman à l’insurrection.

Pour éviter toute propagation de la nouvelle, la ville entière voit ses communications, sorties et entrées bloquées. Sur les 50 000 fidèles à l’intérieur, il n’en reste que quelques milliers. Les insurgés, eux, sont entre 200 et 500, s’ils sont essentiellement saoudiens, il sont aussi égyptiens, soudanais, koweïtiens, irakiens, yéménites, et même (afro)américains. Postés dans les minarets et recoins, ils empêchent quiconque d’entrer. Le royaume saoudien, ne pouvant théoriquement verser le sang en l’enceinte sacrée, va faire d’abord appel aux doctes locaux. La fatwa arrive, les armes peuvent y entrer. Mais les forces saoudiennes essuieront échecs sur échecs. Qui plus est, la famille Ben Laden à l’origine de la rénovation des lieux ne retrouve plus les plans… Une aide extérieure est vite pensée. Les Jordaniens? Ils risqueraient en cas de victoire, de reprendre la ville à leur compte. Les Américains? Leur SWAT n’est pas encore préparé à genre d’opérations, et ils sont déjà accusés d’être à la tête de l’insurrection par l’Iran. C’est ainsi que l’on se tournera vers le GIGN français, déjà mondialement reconnu.

Ses plus hauts gradés s’envolent alors, après accord du président Giscard d’Estaing, pour l’Arabie Saoudite. Sur place, ils veulent nécessairement observer au plus près la situation, mais problème, il faut être pour cela musulman. Les doctes rendants à nouveau leur avis, les Français sont rapidement convertis. Mais ne pouvant rentrer en l’enceinte, ils devront (selon le récit officiel) se contenter de former les troupes locales. Prenant note des lieux, le capitaine Barril trouve la solution : il va pousser les insurgés à devoir se concentrer en un lieu. Manquant d’équipement, les capitaines du GIGN procèdent à une commande. Du gaz, des masques et quelques explosifs seront nécessaires. Quelques jours passent, en l’espace duquel une bavure arrive. Les insurgés, désormais retranchés en les sous-sols, décident de libérer plusieurs milliers de fidèles, affamés, coincés dans la pénombre depuis des jours. Les autorités saoudiennes, voyant arrivés vers eux tous ces hommes accourant, ouvrent le feu, tuant des dizaines d’hommes.

Le mardi 4 décembre, l’assaut est enfin donné. Une soixantaine de gardes saoudiens entrent dans la mosquée équipés de gaz et armes lourdes. Plusieurs heures durant, les insurgés seront sans cesse repoussés jusqu’à se voir acculés dans les sous-sols, avant de se rendre. Si le bilan reste incertain, l’on compte près de 130 morts parmi les autorités saoudiennes et près de 200 parmi les insurgés. Le supposé mahdi, Mohammed al Qahtani, sera retrouvé mort. Dès les débuts de la prise d’otages, il succombera de ses blessures après avoir été déchiqueté par une grenade.

L’on découvre alors le visage de Juhayman al Utaybi, ancien caporal retraité de la Garde Nationale Saoudienne. Mais il est en fait loin d’être un inconnu. Issu de l’une des tribus qui furent des « Ikhwans » propulsant la création du 1er royaume un demi-siècle plus tôt, il fut déjà un an plus tôt arrêté et envoyé en prison pour ses positions. Auteur d’un livre « Les sept épîtres », qu’il distribuera d’ailleurs parmi ses otages, il s’était déjà attiré les foudres des uns et l’attention des autres. Mais jugé peu dangereux, il sera finalement relâché, notamment grâce à l’insistance (d’après divers récits, et Allah est plus savant) du cheikh Ibn Baz. Mais en quelques mois, il réussit à se procurer les armes et les hommes nécessaires, avant d’entrer ainsi en jeu.

La prise d’otages prenant fin, les Français rentrant chez eux dans le silence médiatique le plus total, Juhaymane al Utaybi et plus de 60 de ses partisans seront décapités au sabre, quand d’autres passeront des années en prison. Certains, relâchés plus tard, entreront en certains groupes  »jihadistes », quand d’autres réintégreront la vie civile. Quelques-uns témoigneront des événements dans le livre de Yaroslav Trofimov intitulé « The siege of Mecca » sorti en 2007.

Renaud K.

Pour en savoir plus:

http://www.terrorisme.net/2008/02/29/arabie-saoudite-occupation-de-la-mosquee-de-la-mecque-en-1979/

Pour en savoir plus:

Arabie saoudite: retour sur l’occupation de la mosquée de La Mecque en 1979

1 thought on “Quand le GIGN libéra la Mecque

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