Quand Bagdad était la capitale du monde

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Bâtie sur ordre du calife Abū Jafar al-Manṣūr en 145 de l’hégire (762), Bagdad mit quatre ans pour voir ses 100 000 ouvriers l’élever. Son plan est alors original : protégée par un fossé de vingt mètres de large et d’une double enceinte comportant 114 tours, la ville est parfaitement ronde. Au centre se trouvent encore le palais et son dôme de presque 50 mètres de haut, la mosquée et les casernes, tandis que la ville habitée constitue un anneau d’un peu moins de 200 mètres de large entre les deux remparts. 4 millions de dirhams ont alors été nécessaires à sa construction. S’agrandissant constamment, chaque quartier était alors divisé selon le groupe ethnique de chacun et dirigé par un chef; chaque métier avait sa rue et ses commerces. Agrandie plus encore sous Hārūn al-Rashīd, c’est la famille des Barmakides, des Perses islamisés, qui y tiennent après le pavé, contribuant par leur mécénat à faire de Bagdad le pôle culturel de la région. Plus tard, sous al-Maʾmūn, de nouvelles bâtisses et mosquées, un zoo et même un hippodrome y sont construits. Les savants s’y pressent. On y retrouve le polymathe al-Bīrūnī, le mathématicien al-Khuwārizmī, le polygraphe al-Jahiz, le philosophe al-Kindī, le traducteur Thābit ibn Qurrah; mais aussi les ulémas les plus célèbres de l’époque, ainsi d’Aḥmad ibn Ḥanbal, Ash-Shāfiʿī, ou Abū al-Ḥasan al-ʾAshʿarī. Investie par des Turcs puis des chiites de Perse, les califes abbassides vont parfois se succéder à un rythme effréné. Capitale du califat, cité des savoirs, Bagdad est aussi très vite devenue un carrefour commercial majeur. Située sur la route de la soie, reliée à l’Inde, la Perse, le Yémen, l’Afrique et à la Scandinavie et ses Vikings, Bagdad est l’endroit où trouver les matières, biens et objets les plus recherchés. Les médecins étaient également très nombreux : 860 d’entre eux reçurent ainsi la permission d’exercer sous le règne calife al-Muqtadir dans Bagdad et autour. Celui-ci fit d’ailleurs construire des oeuvres architecturales impressionnantes. Dans l’un des jardins se trouvait un étang de mercure sur lequel voguaient des bateaux dorés, quand un autre étang abritait un arbre d’argent. On pouvait encore trouver dans le zoo de la ville une centaine de fauves et quelque 23 palais dans l’ensemble palatial al-firdaws. La mosquée al-Manṣūr, l’une des plus grandes du monde islamique d’alors, pouvait accueillir les vendredis plus de 64 000 personnes. Bagdad est aussi le lieu de réception de bien des ambassades. Charlemagne fait ainsi partie de ces souverains d’Occident qui traite avec la Cité en y envoyant ses hommes. Peuplée de près d’un million d’habitants à l’entrée du 10e siècle chrétien, Bagdad fait figure de cité aux mensurations immenses; Aix-la-Chapelle, capitale de l’Empire franc, le plus puissant des Empires d’Europe, n’en comptait à peine que quelques dizaines de milliers au même moment.

 

Renaud K.


Pour en savoir plus :

  • Leyde, Encyclopédie de l’Islam, Tome I, Brill, 1960
  • Dominique Sourdel, L’État impérial des califes abbassides, PUF, 1999, 271p.
  • Vanessa Van Renterghem, Autorité religieuse et autorité sociale dans le groupe hanbalite bagdadien d’après le “ Journal ” d’Ibn al-Bannâ’, 2011, pp. 63-85.