Qoṭb al-Din al-Shirāzi, polymathe et soufi

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Qoṭb al-Din al-Shirāzi est l’un des polymathes les plus illustres du monde musulman médiéval. Perse, ce savant né en 633 de l’hégire (1236) aura été à la fois médecin, théologien, mathématicien et philosophe. Ayant appris la médecine de son père et d’autres à Shiraz, on lui enseigne tour à tour les oeuvres d’Ibn Sina (Avicenne) et Fakhr al-Din Rāzi; il devient à l’âge de 15 ans l’un des ophtalmologues de l’hôpital de Moẓaffari. Il abandonne finalement la pratique médicale pour se consacrer aux études quelques peu après, tandis qu’ont cours au même moment les invasions des Mongols en terre d’Islam. Il intègre par ailleurs l’institut d’étude fondé à Maragha par le conquérant de Bagdad, Hulagu Khan, pour tomber sous l’aile du célèbre savant chiite Nasir ad-Din at-Tusi. C’est de lui que Qoṭb al-Din tire ses savoirs en astronomie. Voyageant vers l’Est, il se forme ensuite en philosophie auprès de Najm al-Din Kātebi Qazvini, avant de traverser Ispahan et Bagdad, faisant ses classes en matière de religion en étudiant, notamment, dans l’université al-Nizāmīyya. Baignant dans le soufisme depuis sa plus tendre enfance, il perfectionne son parcours initiatique en se rendant à Konya, en Anatolie, auprès de Jalāl al-Din Rumi avant de se faire le disciple de Ṣadr al-Din Qunawi, le fils adoptif d’Ibn ‘Arabi. En 672H (1274), alors âgé de 38 ans, Qoṭb al-Din retourne enfin dans le monde professionnel en devenant juge (qādi) dans la région. C’est à cet instant qu’il entame la rédaction de ses principaux ouvrages. Auteur d’un commentaire du Canon d’Ibn Sina, il sera aussi derrière de nombreux ouvrages en astronomie, tel le Nihāyat al-idrak fi dirāyat al-aflāk. Il est encore le rédacteur d’une encyclopédie spirituelle, Durrat al-tāj li ghurrat al-dībāj fī’l-hikma, où sont abordées la logique, la métaphysique, la philosophie naturelle, les mathématiques autant que la mystique. Savant en géométrie, en droit, en grammaire et poète à ses heures, il sera aussi derrière un large commentaire en 40 volumes du Coran, le Fatḥ al-mannān fī tafsir al-Qur’ān. Devenu un temps un enseignant des travaux d’Ibn Sina lors de son passage en Syrie, il avait occupé la fonction de diplomate quand l’Ilkhan Teküder le chargea de se rendre auprès du sultan mamelouk Sayf al-Din Qalāwun. C’est à Tabriz, après une retraite faite de lecture et d’écriture, qu’il mourait, en 711H (1311). Aussi un maître dans les jeux d’échecs et fin musicien, Qoṭb al-Din al-Shirāzi est considéré comme l’un des penseurs perses les plus notoires de l’ère médiévale. Ayant réussi la synthèse des pensées d’Ibn Sina, d’Aristote, d’Ibn ‘Arabi et celle – illuminative – de son prédécesseur – perse – Sohrawardi, Qoṭb al-Din al-Shirāzi est aussi présenté comme celui ayant restauré dans le monde musulman l’intérêt pour l’optique, son métier initial.

 

Renaud K.


Pour en savoir plus :

  • Ragep, F. Jamil (2007). « Shīrāzī: Quṭb al‐Dīn Maḥmūd ibn Masʿūd Muṣliḥ al‐Shīrāzī ». In Thomas Hockey; et al. (eds.). The Biographical Encyclopedia of Astronomers. New York: Springer. pp. 1054–5
  • Sayyed ʿAbd-Allāh Anwār, Encyclopedia Iranica, « QOṬB-AL-DIN ŠIRĀZI, Maḥmud b. Żiāʾ-al-Din Masʿud b. Moṣleḥ »
  • A. Baker and L. Chapter (2002), « Part 4: The Sciences ». In M. M. Sharif, « A History of Muslim Philosophy », Philosophia Islamica..