Prédire en terre d’Islam

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Bien que réprouvée par l’islam, l’astrologie s’était fait une place de premier choix en terre d’Islam au moins jusqu’à la moitié du Moyen-âge. Consultés de tous, les astrologues étaient même trouvés dans les centres du pouvoir à prendre des décisions conséquentes. Nobakht Ahvazi, un astrologue de renom, avait ainsi décidé du moment propice à la fondation de Bagdad désirée par le calife al-Manṣūr en 145H (762). Un procédé similaire fut utilisé pour la construction de la Grande Mosquée de Damas. Plus tard, un antiquaire du nom d’al Daniali avait, lui, été jusqu’à attribuer au Prophète biblique Daniel des prédictions qu’il présenta au calife al Muqtadir (m.320H/932). Elles disaient à ce dernier de prendre pour vizir un banquier précis – en fait un allié de l’astrologue – qui s’était alors donné pour mission de détrousser le calife. L’historien Tabari affirme encore que le mathématicien al-Khuwārizmī prédit, avec d’autres, la longue durée de vie du calife qu’il estima à cinquante ans. Ledit calife mourut seulement dix jours après…

Le philosophe polymathe al-Kindī aurait quant à lui lu dans les astres la prochaine chute du Califat, son transfert vers Damas puis l’Égypte, et l’ascension fulgurante des Turcs. L’Iranien Anvari (m.585H/1189) avait, lui, fini par être la risée de tous, faute d’avoir prédit un ouragan dévastateur qui ne s’était jamais produit. En 196H (812), Abū Ma’sharal-Balkhī, l’un des plus grands astrologues de l’histoire, avait prédit que les partisans d’Alial-Balkhī se rendraient maîtres des villes saintes de l’Islam. La chose advint deux ans plus tard. Il avait encore prédit la fin des Abbassides quelques années avant l’arrivée future des Mongols. Populaire dans les premiers siècles de l’hégire, l’astrologie avait fini par quasiment disparaître par la force des oulémas autour du 12ème siècle chrétien, pour mieux renaître ensuite en Europe au travers des traductions faites des oeuvres concernées, de l’arabe au latin.

Renaud K.