Philippe Grenier, 1er député musulman de France

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Philippe Grenier est né à Pontarlier en 1865. Il est le fils d’un ancien capitaine de cavalerie ayant officié sous Napoléon III. Devenu médecin après 6 années d’études, il rend alors visite à son frère en Algérie. Il en ressort stupéfait par les traitements subis par les populations locales et la misère dans laquelle les musulmans sont maintenus dans la pauvreté par le régime colonial français en place.

Il retourne peu après en France et décide d’y étudier le Coran. Il repart quatre ans plus tard, en 1894, en Algérie et s’y convertit, après moultes réflexions, à l’islam. Il se rend dans la foulée à La Mecque pour y accomplir son pélerinage avant de revenir en métropole. A la surprise générale, il adopte alors la tenue traditionnelle algérienne, le burnous blanc, se couvre la tête et se laisse pousser les poils de sa barbe.

Plus surprenant encore, il se présentera aux élections de sa commune de Pontarlier et se fera élire conseiller municipal, avant de devenir député du Doubs, peu après, et ce durant deux années. Malgré les moqueries dans la presse locale et le climat pro colonial dominant à cette époque, il devient le premier député musulman français de l’histoire. Chose impensable aujourd’hui, il disposait même d’une salle de prière au sein du Palais Bourbon. Pour ses ablutions, on dit qu’il aimait les faire aux bords de la Seine. pour ensuite y prier sous les regards interloqués des parisiens. Les autres élus en redingote s’étonnent de ce personnage atypique, ils en rient surtout. Difficile d’imaginer pareil personnage aujourd’hui siégeant à l’Assemblée Nationale.

Le 30 décembre 1896, des journalistes l’interrogent suite à son élection comme député, Philippe Grenier s’explique alors sur sa foi :

 »Vous voulez savoir pourquoi je me suis fait musulman ? Par goût, par penchant, par croyance, et nullement par fantaisie, comme quelques-uns l’ont insinué. Dès mon jeune âge, l’islamisme et sa doctrine ont exercé sur moi une attraction presque irréversible […] mais ce n’est qu’après une lecture attentive du Coran, suivie d’études approfondies et de longues méditations, que j’ai embrassé la religion musulmane. J’ai adopté cette foi, ce dogme, parce qu’ils m’ont semblé tout aussi rationnels et en tout cas plus conformes à la science que ne le sont la foi et le dogme catholiques. J’ajoute que les prescriptions de la loi musulmane sont excellentes puisqu’au point de vue social, la société arabe est basée tout entière sur l’organisation de la famille et que les principes d’équité, de justice, de charité envers les malheureux y sont seuls en honneur, et qu’au point de vue de l’hygiène – ce qui a bien quelque importance pour un médecin –, elle proscrit l’usage des boissons alcooliques et ordonne les ablutions fréquentes du corps et des vêtements »(1)

Pour le besoin d’enquêtes parlementaires, il est régulièrement envoyé en Algérie sous les conseils de Jean Jaurès, ce dernier le surnommant député des musulmans de France. Mais sa proposition de loi sur la diminution du nombre des débits de boisson et la taxation des liqueurs pour financer la création d’une armée indigène sur le territoire métropolitain contribue au mécontentement de son électorat, qui ne le réélira pas lors des élections suivantes.

Connu pour sa piété et sa suffisance de peu, il est décrit comme un homme prompt à venir en aide aux pauvres, n’hésitant ainsi pas à offrir ses consultations aux plus démunis. Officiant comme médecin jusqu’à sa retraite, il quittera ce monde en 1944, en pleine seconde guerre mondiale, dans la même ville l’ayant vu naître.

Renaud K.

(1)http://migrations.besancon.fr/histoire/1800-1914/740-philippe-grenier-le-depute-musulman-de-pontarlier-.html

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