Omar ibn Saïd, cet érudit musulman devenu esclave

Né vers 1184H (1770) dans l’actuel Sénégal, Omar ibn Saïd est le seul esclave nord-américain dont le récit nous est parvenu de façon autobiographique, et en arabe. En arabe, car l’homme était l’un de ces nombreux musulmans capturés sur la côte ouest de l’Afrique pour être revendus aux négriers en partance pour l’Amérique. Quatorze manuscrits nous sont parvenus de lui; le plus important, et celui ayant suscité l’intérêt du plus grand nombre est alors le récit de sa vie de captifs parmi les blancs du Down-south américain. “Avant ma venue au pays des chrétiens, ma religion était celle de Muhammad, le prophète d’Allah. Qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. J’allais à la mosquée avant l’aube, je lavais ma figure, ma tête, mes mains, mes pieds. J’effectuais les prières de la mi-journée, de la fin de l’après-midi, du coucher du soleil et de la nuit. Je donnais l’aumône chaque année en or, argent, en récoltes et bétail : moutons, chèvres, riz, blé et orge… Je m’engageais chaque année au djihad contre les infidèles. J’allais à La Mecque et à Médine comme l’ont fait ceux qui en avaient les moyens” dit-il en introduction de celui-ci. Capturé à l’âge de 37 ans, il aurait ainsi étudié l’arabe et les langues locales parlées au Boundou et au Fouta, ainsi que les sciences islamiques pendant ses vingt-cinq d’étude dans les territoires africains voisins, riches de centres islamiques, avant de regagner sa terre natale. “Après mes études je suis retourné chez moi pendant six ans avant qu’une armée n’envahisse notre pays. Ils ont tué beaucoup de gens. Ils m’ont capturé, et m’ont vendu à un chrétien qui m’a emmené dans un grand bateau” continue-t-il. C’est après un mois et demi de voyage qu’il arrive enfin à Charleston aux États-Unis. Toujours dans le même texte, après y avoir retranscrit dans son intégralité la sourate al Mulk, comme pour rappeler à qui le lira de qui provient la Seule et Unique souveraineté digne de ce nom, il décrit son premier propriétaire comme “un petit homme chétif nommé Johnson, un infidèle qui ne craignait point Allah”. Parvenant à s’enfuir, il avait finalement été retrouvé à Fayetteville alors qu’il était vu dans une église en train de prier. Dans sa cellule, Omar écrit des versets du Coran sur les murs, ce qui eut comme conséquence d’attirer l’attention sur lui de l’ensemble de la ville. Jim Owen, frère du gouverneur de la Caroline du Sud, finira ainsi par le racheter et le conduire en sa maison familiale. “Tout ce qu’ils mangent, je le mange, et tout ce qu’ils portent, ils me le donnent une fois usé” raconte-t-il quant à ses nouvelles conditions de vie. Malgré sa dite conversion au christianisme, Omar continuait de louer le Prophète Muhammad et de faire référence au Coran dans ses écrits. Dans sa bible, qui lui fut traduite en arabe, il y fera de nombreuses annotations consistant à comparer le texte biblique au Coran. Ne manquant pas d’audace, on lui demandera de traduire en arabe une prière chrétienne, ce qu’il exécutera en écrivant en lieu et en place la sourate al-Fatiha. Le dernier texte d’Omar, rédigé en 1273H (1857), est ainsi une reprise du chapitre coranique al-Nasr, rappelant l’entrée massive d’infidèles dans la religion de l’islam. Son récit et ses faits seront maintes et maintes fois retranscrits dans les journaux d’alors. En 1280H (1863), un journaliste du New York Observer, impressionné, le décrira en des termes plutôt élogieux, rappelant “ses doigts effilés et le raffinement de sa démarche”. Il serait alors un prince arabe, un noble capturé par erreur. Il mourrait finalement peu de temps après, toujours en esclave, un an avant la grande vague de libération suivant la Guerre de Sécession.

 

Renaud K.


Pour en savoir plus :

  • A muslim american slave, the live of Omar Ibn Saïd. Ala Alryyes, 2011.
  • Five Classic Muslim Slave Narratives. Muhammad A Al-Ahari, 2006
  • Islam in the African-American Experience. Richard Brent Turner, 2003.

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