Napoléon en Egypte, part.1

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1212H (1798), la France vient de sortir de sa Révolution et d’une guerre civile que le Directoire, qui fait le pouvoir exécutif, décide de mener une expédition en Égypte. Ils font pour cela appel au général de l’instant : Napoléon Bonaparte. L’idée est alors de gêner les Britanniques dans leur course vers l’est, mais aussi de s’imposer en grande nation de ce monde. L’Égypte est un choix tout à fait réfléchi : province d’un Empire ottoman repliée sur elle-même, sujette aux dissensions des mamelouks, elle est une proie facile. En France, on se passionne déjà pour ce pays que l’on entrevoit comme le berceau de la civilisation. Ce sont alors 50 000 hommes et 500 bâtiments qui y sont équipés et envoyés. Sous les ordres de Napoléon se trouvent alors des hommes ayant marqué leurs temps : Thomas, premier mulâtre à intégrer l’armée française et père du célèbre Alexandre Dumas; Kléber, bientôt assassiné par un étudiant syrien en Egypte, puis Menou, renommé Abdallah après sa conversion à l’islam. Lancé sur la mer, Napoléon fait d’abord escale sur l’île de Malte et ses chevaliers. Refusant de les accueillir en bonne et due forme, Napoléon fait tout simplement envahir l’île; l’ordre des derniers Croisés encore actifs est mis au pas quand les prisonniers musulmans sont libérés. L’idée pour Napoléon est bien évidemment de dorer son image auprès des adeptes de l’islam qu’il s’apprête à rencontrer plus loin. Arrivé en Égypte treize jours plus tard, Napoléon bat à plate couture les forces mameloukes présentes. Il tente alors de rassurer les locaux : il ne vient pas en ennemi, mais en libérateur. Il fait ainsi un 17 muharram 1213H (1er juillet 1798) un discours faisant mine aux Alexandrins de son respect pour l’islam et de son intention sincère de bouter les Mamelouks qu’il juge illégitimes dans la région. Diverses manœuvres sont ensuite menées tout autour du Delta du Nil, avec, pour objectif, la prise finale du Caire. Français et Mamelouks se livrent quelques violentes batailles, dont la fameuse Bataille des Pyramides, gagnée haut la main par les troupes françaises. En parallèle, le danger britannique guette : leur flotte est aperçue au large de l’Égypte. Napoléon se voit alors dans l’incapacité de faire appel à de possibles renforts; la prise de l’Égypte doit s’accélérer. C’est ainsi que Le Caire est pris en pleine nuit, sans heurts, alors que ses beys, Murad et Ibrahim, venaient de quitter la ville. Devenu le quartier général de Napoléon, Le Caire voit ainsi le drapeau français flotter sur ses toits. Toujours dans le désir de se présenter en nouveau souverain des musulmans, Napoléon paraît lors de la fête du mawlid auprès des dignitaires religieux locaux coiffé d’un turban et d’un habit oriental; il ose alors aller jusqu’à se présenter en “digne enfant du Prophète” et en “favori d’Allah”…

 

Renaud K.


Pour en savoir plus :

  • Dominique Vivant Denon et Abd al-Rahmân ibn Hasan al-Gabarti, Sur l’expédition de Bonaparte en Égypte, Arles, Éd. Actes Sud, coll. « Babel », , 329 p.
  • Napoléon Ier, Campagne d’Égypte et de Syrie : mémoires pour servir à l’histoire de Napoléon, dictés par lui-même à Sainte-Hélène, Paris, Éd. Comon et Cie, , 2 vol.
  • Henry Laurens, Les Origines intellectuelles de l’expédition d’Égypte, Isis, 1987.