Napoléon en Egypte, part.2

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(…) Il fait même prendre des mesures visant à davantage protéger les caravanes de pèlerins se rendant à La Mecque et se plait à citer des versets du Coran aux foules. Mais la sauce ne prend pas et les émeutes sont légion. En réponse, notamment après la fameuse révolte du Caire, les Français font des massacres : pillant des mosquées, rasant des villages, ils font exécuter les réfractaires à la chaîne, dont de célèbres imams. Après s’être rendu maître du pays par la force, Napoléon décide de marquer le coup en fêtant, le 22 septembre 1798, dans le plus grand des fastes l’anniversaire de la Première République en plein Caire. Les couleurs et symboles de la France sont partout, et l’on ne tarde pas à voir les institutions françaises se faire une place dans toute l’Egypte. Les savants ayant suivi Napoléon accumulent alors les travaux et expériences, que ce soit dans la linguistique, le droit, les sciences naturelles et bien sûr, l’archéologie. C’est l’égyptologie moderne qui naît. Un Institut d’Egypte est bâti au travers duquel les Français cherchent à diffuser les idées des Lumières en Orient. Institut toujours aujourd’hui en place. Des esclaves sont enrôlés afin de servir à l’armée, quelques-uns sont même envoyés en France pour être montrés à la vue de tous. Pour s’assurer la fidélité des élites, Napoléon fait aussi en parallèle installer dans le gouvernement créé pour l’Égypte de nombreux Arabes. Alors en terrain pacifié, il entreprend certains des projets qui lui tenaient à coeur : trouver l’antique canal de Suez creusé par les Pharaons et les fameuses fontaines de Moïse. Mission accomplie peu avant la fin de l’année 1798. Les Ottomans, complètement pris au dépourvu et tenu au courant de l’invasion que sur le tard, commencent à s’agiter aux frontières de l’Egypte. Napoléon n’a pas alors pas l’intention de se laisser surprendre et fait in extremis envoyer plusieurs milliers de ses hommes vers la Palestine. Un siège est mené à Saint-Jean-D’Acre, mais les Français doivent battre retraite; la résistance ottomane et la menace d’une intervention britannique avait eu raison d’eux. Rentré au Caire après une violente pratique de la terre brûlée, Napoléon n’a pas le temps de se reposer qu’il doit déjà aller affronter une flotte de cent navires ottomans arrivés sur les côtes égyptiennes. C’est la bataille d’Aboukir, ou la dramatique défaite des Ottomans qui y perdent la quasi-totalité de leurs hommes. Assuré de cette victoire, Napoléon est cependant contraint de rentrer en France, faute à des tensions allant en s’accroissant au pays. Il passe le flambeau au général Kléber. Mais celui-ci, malgré une autre victoire contre les Ottomans à Héliopolis, ne fait guère long feu : il est poignardé par un Syrien en plein été 1215H (1800). Son remplaçant est trouvé en la personne du général – AbdAllah – Menou. La tendance est cependant au revirement. Affaiblis et incapables de contrôler efficacement une Egypte faite de résistance, les Français n’arrivent guère à prendre racine en Orient. De sièges en batailles, ils sont finalement contraints par les Britanniques, aidés de Mamelouks et Ottomans, à capituler et rentrer – sous pavillon anglais – au pays. L’expédition napoléonienne en Egypte s’était ainsi arrêtée un 21 rabi’ul ath-thani 1216H (31 août 1801).

 

Renaud K.


Pour en savoir plus :

  • Dominique Vivant Denon et Abd al-Rahmân ibn Hasan al-Gabarti, Sur l’expédition de Bonaparte en Égypte, Arles, Éd. Actes Sud, coll. « Babel », , 329 p.
  • Napoléon Ier, Campagne d’Égypte et de Syrie : mémoires pour servir à l’histoire de Napoléon, dictés par lui-même à Sainte-Hélène, Paris, Éd. Comon et Cie, , 2 vol.
  • Henry Laurens, Les Origines intellectuelles de l’expédition d’Égypte, Isis, 1987.