Moulay Ismāʿīl, sultan des Marocains

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Descendants d’Arabes venus du Hijaz arrivés au Maroc au 7e siècle de l’hégire (13e), les Alaouites prenaient le pouvoir autour de Meknès après le décès du dernier sultan des Saadiens au milieu du 17e siècle chrétien. À partir de 1083H (1672) démarre alors le règne du quatrième souverain de la dynastie des Alaouites : le célèbre Moulay (Mawlāy) Ismāʿīl. Né vers 1055H (1645) et arrivé à l’âge de 26 ans au pouvoir, il va régner sans partage sur l’Occident musulman durant 55 années. Aidé d’une armée puissante faite de quelque 150 000 guerriers noirs – libres ou capturés – du Sénégal comme du Maroc (les ‘Ābid al-Bukhārī), il s’impose face aux Ottomans d’Alger, chasse les colons chrétiens de ses terres et profite des corsaires de Salé – essentiellement des Renégats – pour s’approvisionner encore en butin et en esclave par milliers pris jusqu’en Islande. Craint des Européens, il tient tête au roi de France du moment, Louis XIV, demandant même la main de l’une de ses filles, Mlle de Nantes, entretenant encore d’équilibrées relations diplomatiques avec les puissances britanniques et espagnoles. Continuant l’oeuvre de pacification du Maroc de ses prédécesseurs, il fait alors implacablement mater la résistance qui ici et là lui fait front ; on narre en Europe qu’il aurait tué de ses propres mains des dissidents par milliers. Son autorité et sa justice expéditrice ne lui font pas oublier d’être un homme d’une grande religiosité. On le retrouve maintes fois à mener la prière, à participer aux cérémonies publiques ou encore à organiser des débats religieux entre érudits ; il envoie même au roi Jacques II d’Angleterre des lettres l’invitant à se convertir à l’islam. Sous Moulay Ismāʿīl, le Maroc est alors l’un des plus puissants États du monde, un centre économique fort et l’un des coeurs battants du Dar al Islam. Despote éclairé et sultan bâtisseur, il fait construire de nombreuses mosquées et jardins, des kilomètres de murailles ainsi qu’un grand nombre de bains et palais, faisant notamment de Meknès une capitale florissante. Il meurt finalement de maladie à l’âge de 81 ans, en 1139 du calendrier hégirien (1727), laissant à son fils, Moulay Aḥmad, un sultanat au sommet de sa gloire.

 

Renaud K.


Pour en savoir plus :

  • Clifford Edmund Bosworth, « Mawlāy Ismā‘īl », dans Encyclopédie de l’Islam, t. VI, Leyde/Paris, Brill/G.-P. Maisonneuve et Larose,
  • Younès Nekrouf, Une amitié orageuse : Moulay Ismaïl et Louis XIV, Paris, Albin Michel, , 393 p.
  • Dominique Defontin-Maxange, Le grand Ismaël, empereur du Maroc, Paris, Masson et Cie, éditeur, , 319 p