Mouha Ou Hammou, ce Mujahid du Maroc

Né au milieu du 19e siècle chrétien, Mouha Ou Hammou est issue d’une famille de guerriers dont les plus illustres membres avaient participé à la pacification du Maroc sous le règne du sultan Moulay Slīmān. Faisant plus largement partie de l’ensemble tribal des Zayanes, il en prend la tête lors du décès de son oncle alors qu’il n’a que la vingtaine entamée. Son hardiesse au combat contre les tribus hostiles à l’ordre alaouite régnant sur le pays le fait remarquer par le sultan de l’instant,  Moulay Ḥasan Ier. Celui-ci le nomme caïd. Il a 23 ans et participe à l’installation de l’autorité centrale sur tout le Maroc. Mais le royaume chérifien n’est plus ce qu’il était : divisé de l’intérieur, il est surtout lorgné par les grandes puissances coloniales européennes d’époque. Profitant de l’inexpérience du jeune sultan suivant, Moulay ʿAbd al-ʿAzīz, elles signent avec le Maroc une série de traités facilitant l’entrée du marché européen sur le pays. La zakat est abolie et les dettes contractées à l’étranger s’accumulent. La fronde gronde dans le pays et voilà que la France, déjà installée en Algérie, s’invite en pacificatrice au travers d’un protectorat démarré en 1330 de l’hégire (1912). L’encadrement de la police marocaine et la présidence de la Banque centrale sont confiés à la France quand plusieurs milliers de soldats républicains y sont déjà installés. Pour Mouha Ou Hammou, l’heure est de prendre les armes. Soutenu par les oulémas de l’université al Quaraouiyine – qui fait alors abdiquer le jeune sultan – le leader des Zayanes fait réunir les différentes tribus du pays contre l’occupant français. Visant inlassablement les troupes françaises de Fès à Meknès, Mouha Ou Hammou essaie d’avoir les Français à l’usure; les batailles sont brèves, mais violentes et empêchent la mission des occupants. Cherchant à prendre le fief du leader des Zayanes, Khenifra, les Français vont alors connaître leur première grande défaite lors de la bataille d’Elhri en 1332H (1914). Menés par le colonel Laverdure, quelque 1300 Français se lancent à l’assaut du campement de Mouha Ou Hammou aidés de canons et fusils mitrailleurs. Mais leur avantage technologique ne leur sert en rien : ils sont anéantis par les Berbères aux ordres de Mouha Ou Hammou. Il y aurait eu plus de 600 morts côté français, une dizaine du côté musulman. Mouha Ou Hammou devient l’ennemi à abattre. Il est craint ici et respecté là, d’autant plus que les Français ne savent pas à qui ils ont à faire, tout Français l’ayant croisé était un Français mort. Alors qu’en Europe se déroule la Première Guerre mondiale, les combats continuent de faire rage dans tout le Maroc contre l’occupant. Mais Mouha Ou Hammou est de plus en plus isolé. Harcelé au nord puis au sud, laissé à lui par une partie des autres leaders locaux lui préférant le pacificateur français, il a encore à dos l’homme fort de la France en arme : le général Lyautey. Celui-ci va tout faire pour gagner le coeur de ses plus proches et diviser de l’intérieur le clan zayane. En 1339H (1920), c’est même le propre fils de Mohou, Ḥasan, qui finit par céder aux Français. Nommé pacha des Zayanes, les Français lui offrent la gestion d’un territoire immense, jadis détenu par l’entièreté des Zayanes; c’est tout un modèle social et ancestral qui s’effondre. D’autres de ses nombreux fils suivront, ainsi de nombreux Zayanes pensant la vie sous pavillon français plus profitable. Khenifra est la même année prise après le bombardement de la cité par l’aviation française. Acculé, Mouha Ou Hammou refuse tout compromis et décide de poser la dernière pierre de son Jihad, la bataille de Taoujgalte. C’est alors la bataille qui le mène au martyr. Mourant sous les coups des Français menés par le général Poeymirau un 17 rajab 1339H (27 mars 1921), il aura passé sa vie, d’abord au service du Makhzen, puis à celui de tous les musulmans sous son toit. Ironie du sort : même mort, les Français n’auront pas eu la main sur sa dépouille, transportée par les siens loin de tous les regards. Si la mort du mujahid marocain signe la fin du rêve zayane, elle ne signe pas la fin de la guerre contre l’occupant; d’autres leaders charismatiques émergent pour tout le malheur des Français qui peinent alors à faire du Maroc un pied à terre complètement pacifié. 


Renaud K.


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