Mehmet II le Conquérant

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Septième sultan des Ottomans, Mehmet II est communément nommé le Conquérant ou Fatih pour ses conséquentes victoires sur la chrétienté médiévale. Né en 835 de l’hégire (1432) à Erdine, il est le quatrième fils du sultan Mourad II, lequel avait alors abdiqué pour des raisons obscures afin de lui permettre d’atteindre le trône. Nous sommes en 848H (1444) et l’homme n’a que douze ans quand l’Empire ottoman lui échoit. La cour est alors divisée à son sujet; les vizirs le soutiennent, mais non le plus grand d’entre eux – Çandarlı Halil – et ses soutiens. A des manifestations populaires contre lui ou en sa faveur, Mehmet est moins de deux ans après son arrivée poussé à la porte par ledit grand vizir. Aidé de janissaires, il permet au père de revenir à la tête de l’Empire, jusqu’à sa mort en 855H (1451). Revenant au pouvoir, Mehmet fait alors oeuvre de pragmatisme. Il maintient le grand vizir, jadis l’artisan de sa déchéance, et entreprend des mesures favorables aux Janissaires. Ses victoires militaires contre l’Emirat de Karaman (célèbre pour son drapeau fort ressemblant à celui d’Israël) et ses traités favorables signés avec Venise et la Hongrie lui offrent en parallèle une image de souverain habile autant que puissant. Mais son surnom de Conquérant ne lui vient que deux ans plus tard, en 857H (1453), année où il fait la conquête de la capitale de l’Empire byzantin, Constantinople. Victoire décisive ouvrant définitivement la voie vers l’Europe et marquant pour certains la fin du Moyen-âge, la prise de Constantinople a un retentissement incroyable dans le monde d’époque. Se faisant appeler le César des Romains, transformant l’immense basilique Sainte-Sophie en mosquée, il s’est à ce moment imposé dans l’arène des grands d’époque. Sujet de toutes les critiques en Europe, des chroniqueurs vont alors jusqu’à le peindre en un despote bisexuel enlevant de jeunes chrétiens pour son harem. Lançant la construction du célèbre Palais de Topkapi en 866H (1462), on lui connaît en tout cas un amour certain pour la littérature et les beaux-arts. Poète, rédigeant ses proses en turc et en persan (il savait aussi l’arabe et l’hébreu), il était un féru de peintures, faisant en ce sens venir dans sa capitale les artistes les plus en vue de l’Italie renaissante. Mais il était surtout un sultan dévoué à la guerre, travaillant constamment à l’agrandissement de ses terres; c’est l’ère des invasions en Europe. La Grèce et une grande partie des Balkans sont conquises sous ses ordres, et de nombreuses batailles ont lieu avec les principales forces chrétiennes de l’Est européen, dont les Hongrois et les Moldaves. Mehmet II est d’ailleurs le sultan ayant eu à faire taire la rébellion du prince Vlad III Tepes. Désireux de se défaire du joug ottoman, il avait infligé de lourdes défaites aux Turcs, causant l’horreur dans leurs rangs en empalant par milliers ses victimes. Défait après des années de lutte, Vlad III Tepes est autrement connu sous le nom de Dracula, bientôt rendu célèbre au travers de fictions. En 880H (1475), Mehmed fait encore la conquête de Négrepont, qu’il prend aux Vénitiens, ainsi que de la Crimée, qu’il prend aux Génois, faisant de la Mer noire un lac véritablement turc. Il fait par ailleurs des Tatars voisins – et islamisés – des sujets rompus au tribut. Par le biais de l’un de ses vizirs, il pose même un temps le pied en Italie lors du Sac d’Otrante. Le commerce international entre l’Europe et l’Asie est alors entre ses mains; les ports et comptoirs se multiplient autour de l’Anatolie. L’Empire ottoman est grand, et le sultan sait offrir les meilleurs postes (dont celui de grand vizir) à des hommes venus d’Europe, récemment faits musulmans. Les chrétiens sont alors nombreux dans l’Empire, qui permet une liberté de culte encore inédite en Europe à ses sujets. Constantinople est le lieu d’une politique radicale de repopulation; elle à la fin du règne de Mehmet II peuplée de près de 80 000 habitants. Vidée sous les Byzantins, elle deviendra cinquante ans plus tard la plus grande cité du continent européen. S’il s’était octroyé quelques libertés en matière de religion – surtout en matière de propriété et de taxation – Mehmet avait permis à la construction de nombreuses madrasas et mosquées. Les sciences les plus diverses avaient connu un large essor, notamment l’astronomie. C’est l’époque où l’astronome Ali Qushji accomplit à Constantinople les travaux les plus importants d’époque en la matière. Après moult victoires, et une véritable centralisation du pouvoir – accompagnée de sa fine bureaucratie – en sa nouvelle capitale, Mehmed II mourait sur le chemin d’une bataille un 4 mai 1481 (886H). Si sa mort est sujette à controverses, l’hypothèse la plus courante est qu’il aurait été empoisonné par l’ordre des derviches Halveti et de son fils Bayezid. C’est justement celui-ci qui allait, après avoir défait son frère, prendre le pouvoir peu de temps après dans l’Empire ottoman.

 

Renaud K.


Pour en savoir plus :

  • André Clot, Mehmed II : le conquérant de Byzance (1432-1481), Paris, Perrin, , 331 p
  • Stavrides, Théoharis (2001). The Sultan of Vezirs: The Life and Times of the Ottoman Grand Vezir Mahmud Pasha Angelovic (1453–1474). Brill.
  • Steven Runciman (trad. Hugues Defrance), La Chute de Constantinople 1453, Lonrai, Tallandier, coll. « Texto »,