Mehmet Effendi, un Turc à Paris

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Durant les près de 300 ans d’alliance que la France et l’empire ottoman avaient conclu, de nombreuses ambassades s’étaient échangées.

 

En 1132 (1720), Paris et son jeune roi Louis XV reçurent la visite de Mehmet Effendi. Envoyé par le sultan Ahmed III, il a alors pour mission de raviver l’alliance franco-ottomane un temps en berne, mais aussi et surtout d’observer et rendre compte des évolutions techniques de la France des Lumières. Durant les 11 mois qu’il passe en France, Mehmet visite ainsi la bibliothèque du roi, l’observatoire de Paris et l’Académie des sciences ; il est encore vu à Toulon et Bordeaux et s’offre même une soirée au théâtre. Son passage, largement relayé et commenté dans la presse d’époque, avait évidemment suscité la curiosité de bien des Français; ses prières, comme son turban et son jeûne observé lors du mois de Ramadhan devenant le sujet de bien des conversations.

 

De retour à Constantinople, son récit passionne la cour du sultan qui en réclame un livre que l’ambassadeur nommera “Le Paradis des infidèles”. Conséquence directe de son séjour, la première imprimerie en caractère arabe est ouverte dans la foulée en terre ottomane par le biais d’un certain Ibrahim Muteferrika, converti hongrois ayant pris pied chez les Turcs. L’ouvrage avait largement contribué à modifier l’image que l’Empire ottoman avait des Européens, les autorités et artistes allant jusqu’à directement s’inspirer du récit de Mehmet Effendi dans la réalisation de leurs œuvres. C’est l’ère des tulipes, ou l’époque des jardins, fontaines et bâtisses à la Française, soit le début de l’occidentalisation d’un empire ottoman entamant sa lente et inexorable chute.  

 

Renaud K.