Marrakech, la ville rouge

Surnommée la “ville rouge” en raison de la couleur de ses bâtisses, Marrakech est une cité fondée en 463 de l’hégire (1071) aux pieds des monts de l’Atlas, à quelques lieux du désert du Sahara. L’oeuvre est alors celle de Zaynab an-Nafzāwiyyah, l’épouse du plus illustre des sultans du Maghreb de l’Histoire, Yūsuf ibn Tāshfīn. Voulue comme la capitale d’un Empire islamique englobant bientôt un territoire allant d’al-Andalus à la Mauritanie, Marrakech attire en son premier siècle des milliers de musulmans des régions voisines. A des mosquées se substituent aussi des madrasas permettant l’émergence d’une noble communauté d’érudits religieux. Située sur la route reliant l’Afrique subsaharienne à l’actuelle Espagne, elle est aussi l’endroit idéal pour les commerçants; on passe par elle pour faire cheminer l’or du Mali aux Francs, les épices de l’Atlas au Portugal. Poumon économique, politique et religieux de l’Occident musulman, des artisans de Séville et de Cordoue y emménagent pour mieux lui permettre à l’émergence d’une architecture propre. Quand les Almohades succèdent aux Almoravide au Maghreb et autour, Marrakech est non seulement passablement ravagée, mais en proie à toute l’hostilité du régime. Unitaristes spéculateurs hostiles au malikisme local, adeptes d’une forme de mysticisme philosophant sur fond de messianisme, les Almohades sont très mal perçus par la population et ses doctes. Les autorités y mènent les réfractaires aux tribunaux quand des autodafés sont organisés où sont brûlées les œuvres des sachants malikites. Mais le développement de Marrakech suit cependant son cours. Sur les vestiges d’ anciens palais sont érigés des bâtiments au style impeccable et encore symbolique de la Cité aujourd’hui, dont la célèbre Mosquée Kutubia. La Casbah accueille alors la demeure d’Abd al Mu’min, souverain almohade qui pour concurrencer Fatimides (en Egypte) et Abbassides (à Bagdad) se fait proclamer calife. Marrakech est un temps la capitale d’un califat. Riche et prospère, un grand hôpital y est même construit, celui-là même qui fera venir le célèbre philosophe et médecin andalou Ibn Ṭufayl. La palmeraie de Marrakech est alors alimentée par un système d’irrigation à l’occasion perfectionné, et l’on voit à ce moment la ville comblée de grands jardins; elle est telle une oasis en plein désert aride. La ville attire toujours plus de savants, qu’ils viennent du Soudan, de Kairouan ou du Caire. Le célèbre Ibn Rushd (Averroès) s’y arrête entre autres; on y trouve encore le mathématicien Ibn al Bannā, les historiens Ibn ʿIdhārī et ʿAbd al-Wāḥid ou l’autre érudit  Ibn ʿAbd al-Mālik. La fin des Almohades coïncide avec la montée des Zénètes, puis des Mérinides. Importante dynastie du Maroc médiéval, ils ne peuvent s’empêcher de se créer leur propre capitale afin de mieux marquer le coup : Fès. Trop occupés à repousser les chrétiens d’Europe avalant al-Andalus, les Mérinides ne font que peu évoluer Marrakech. Sous les Saadiens, elle redevient, en 956H (1549), la capitale qu’elle était. Sous le règne du célèbre sultan Aḥmad al-Manṣūr, c’est le somptueux palais El-Badi qui y est construit. Voulu comme une réplique de l’Alhambra de Grenade, réalisée avec du marbre d’Italie, du granit d’Irlande et d’autres matériaux d’Inde, d’Afrique de l’Ouest et de Chine, le palais est fait pour célébrer la victoire des Saadiens contre les Portugais lors de la célèbre Bataille des trois Rois. Sa coupole de verre faite d’un cristal translucide en avait alors émerveillé plus d’un. Depuis un vestige, ledit palais avait été démantelé par le sultan Mulāy Ismāʿīl, au 17e siècle chrétien, pour faire Meknès. C’est en effet à la fin de ce même siècle que succèdent aux Saadiens les Alaouites. Si Marrakech y perd encore son statut de capitale, l’Empire chérifien lui garantit son statut de cité internationale. Le Maroc y conclut notamment ce qui sera le premier traité international des États-Unis, instituant ainsi, en 1201H (1787), la paix entre les deux Nations. Marrakech revient alors sur les devants de l’actualité au début du 20e siècle chrétien. Diverses révoltes touchent la ville, jusqu’à ce que, prétextant l’assassinat du docteur Émile Mauchamp dans la ville, la France y entre, après une guerre livrée à une farouche résistance. Marrakech est un temps sous le protectorat des Français. Ce, jusqu’en 1374H (1955), date à laquelle Muḥammed ibn Yūsuf, déjà sultan de l’Empire chérifien, devient avec le retrait français le nouveau roi du Maroc. Marrakesh est désormais l’une des villes les plus appréciées et visitées au monde et le centre de bien des entrepreneurs. 1000 ans après sa création, on y compte désormais pas moins d’un million d’habitants.

Renaud K.


Pour en savoir plus :

  • Le sultan du Maghreb, La vie de Yusuf Ibn Tashfin, ‘Issa Meyer, Ribat Editions
  • Janine et Dominique Sourdel, Dictionnaire historique de l’islam, éd. PUF
  • Charles-André Julien, Histoire de l’Afrique du Nord, des origines à 1830, éd. originale 1931, rééd. Payot, Paris, 1994

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