Mansa Mūsā, un règne en or

Né en 679 l’hégire (1280) Mansa Mūsā est un descendant de Soundiata Keïta, le fondateur de l’Empire du Mali. Notable parmi les notables, il arrive au pouvoir après l’infortune de son roi. Ce dernier, Abubakari Keïta II, vient en effet de tenter une traversée de l’Atlantique dans l’idée d’en explorer les limites. Quittant l’Afrique avec quelque deux-cents navires, il n’en est jamais revenu. Est-il arrivé en Amérique comme certains le pensent ? Nul ne le sait. Nommé député en son absence, Mansa Mūsā avait en tout cas hérité de la couronne après sa disparition. Devenu le nouvel empereur en 712H (1312), les premières années de son règne nous sont peu connues. L’événement majeur de son règne est en fait son Hajj. Quittant en 724H (1324) le Mali pour La Mecque, Mansa Mūsā s’en était allé en compagnie de 60 000 de ses hommes et servants (8 000 selon d’autres), et … plusieurs milliers de kilos d’or. Offrant de ce précieux métal aux désireux trouvés au Caire ou à Médine, Mansa Musa va tant faire don de sa fortune qu’il va causer la dévaluation – durant dix ans ! – dudit métal et même, une crise financière sans précédent, dont les effets allaient être ressentis jusqu’au fin fond de l’Europe. Son Hajj avait alors été relaté par de nombreux auteurs d’époque et une rencontre officielle avait eu lieu avec le sultan mamelouk al-Nāṣir Muḥammad ibn Qalāwūn en Égypte, à l’époque des derniers déboires d’Ibn Taymiyya. Ayant conquis Gao et bien d’autres villes et régions de l’Ouest africain, Mansa Mūsā avait noué des liens diplomatiques avec les plus grandes puissances d’époque. Faisant venir de La Mecque, d’al-Andalus ou d’Égypte de nombreux savants et architectes, il fait de Tombouctou, Djenné et Ségou des cités majeures du continent africain, qu’il fortifie, et de son Empire, l’État le plus riche et le plus puissant de l’Afrique d’époque. Des mosquées et routes y sont construites de partout, quand des marchands de Grenade ou de Venise s’y installent. l’or est alors si abondant dans la région qu’on en trouve sous toutes les coutures et dans presque dans tous les foyers. C’est en parallèle sous son règne que le style architectural propre à la région se développe; d’inspiration arabo-berbère, des bâtiments en terre séchée et aux lignes massives deviennent dès lors la norme à imiter dans tout le Soudan d’époque. L’université de Sankoré, à Tombouctou, devient encore le point de rencontre des plus grands mathématiciens, juristes, linguistes et astronomes du continent; on parle à son apogée de quelque 25 000 étudiants et de plus d’un million de manuscrits consultables. Aussi, si l’islam est la religion de l’élite ouest-africaine jusqu’à lui, Mansa Mūsā permet à une très large diffusion de l’islam dans les milieux ruraux; les souverains et chroniqueurs ne manqueront en effet pas de mentionner toute la religiosité prosélyte du personnage. Il mourrait, après avoir l’un des plus puissants souverains du monde médiéval, en 738H (1337), laissant à l’un de ses fils, Maghan Mūsā, le soin de continuer son oeuvre.

 

Renaud K.


Pour en savoir plus :

  • Levtzion, Nehemia (1963), “The thirteenth- and fourteenth-century kings of Mali”, Journal of African History, 4: 341–353
  • Francis Simonis, « L’Empire du Mali d’hier à aujourd’hui », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, 128 | 2015, 71-86.
  • Ibn Khaldoun (trad. Vincent Monteil), Discours sur l’histoire universelle. Al-Muqaddima, Beyrouth, Commission libanaise pour la traduction des chefs-d’œuvre, 1967. 

 

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