De la loi – ou pas – de 1905 en Algérie

En 1905 de l’ère chrétienne, la loi officialisant la séparation de l’Église et de l’État était votée et appliquée sur tout le territoire français. Tout le territoire ? Pas tout à fait. L’Algérie, alors colonisée par la France et considérée comme un département français, n’en sera en effet guère concernée. Un temps et théoriquement appliquée, elle est tout simplement rendue caduque un 27 septembre 1907 par décret. Pour cause : la loi de 1905 – garantissant le libre exercice du culte et le non-interventionnisme de l’Etat, aurait été pour les musulmans d’Algérie l’occasion de bouter le colon français des cercles de décisions et d’enfin reprendre les rênes du culte musulman, qui depuis plusieurs décennies était devenu le terrain de jeu de la troisième République. Comprise par les belligérants comme une force de mobilisation et de contestation certaine, la religion musulmane ne pouvait en effet échapper des mains des Français; d’autant plus qu’ils avaient su jusque-là gagner la cour des mosquées et l’agrément de nombreux imams ayant opté pour la collaboration. En empêchant la laïcité de s’appliquer en Algérie, le contrôle étatique du culte musulman pouvait ainsi continuer; il allait même se renforcer, posant là les bases d’un Islam de France avant l’heure. Faire des imams des religieux acquis à la cause de la République, amoindrir l’apprentissage de l’arabe et du Coran, dénaturaliser le fiqh (malikite); le chantier allait ainsi, sans la loi de 1905, pouvoir continuer sans plus d’entraves. Près d’un siècle plus tard, c’est le développement de la visibilité musulmane en France métropole, qui allait pousser la République, une nouvelle fois, à réadapter sa vision de la laïcité. Devenue depuis une philosophie, et même, une religion d’État, la laïcité reposant sur la loi de 1905 allait, inversement, être utilisée cette fois pour mieux contrôler les us et pratiques des musulmans. C’est en usant et tordant – religieusement – les textes de ladite loi que la République allait continuer à interférer, à la manière dont elle le faisait en Algérie, dans le culte musulman. 

Renaud K.

2 thoughts on “De la loi – ou pas – de 1905 en Algérie

  1. Analyse très cohérente…

    Ceci dit nous sommes toujours en Guerre .. l’Algérie française n’est pas fini …
    Et elle n’est pas prête de finir ….

    Si les accords d’Évian ne sont pas remise en cause .. et que l’Algérie ne proclame pas son indépendance totalement….

    Elle restera enfant de la France soumise … et contrôlable

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