Les voilées de Lima

Considérés à l’époque coloniale comme des symboles mêmes de la féminité péruvienne par les voyageurs et peintres européens de passage en Amérique du sud, la saya (jupe longue) et le manto (voile) portés par ces autochtones (en photo) ont de quoi étonner les regards peu au fait. Car les musulmanes d’al-Andalus avaient durant tout le Moyen-âge porté une tenue similaire, les femmes chrétiennes – et arabisées – de la péninsule avaient été nombreuses à en adopter des éléments. Elles seront alors nombreuses à garder le pli même après la Reconquista; la décence chrétienne invitait en effet à se couvrir presque tout autant que dans l’islam. Avec la conquête espagnole et portugaise du continent sud-américain, voilà que des robes longues et voiles noirs étaient aperçus aux pieds des montagnes péruviennes. Car les conquis ont souvent tendance, par mimétisme, à prendre pour us et coutumes celles du colon, les autochtones avaient finalement très vite adopté la même tenue que les demoiselles de Madrid. Voilées, les Amérindiennes pouvaient dès lors déambuler sans gêne dans les rues de Lima et d’ailleurs, cachées qu’elles étaient du regard des hommes et des autres femmes. Permettant encore de masquer son rang social ou sa couleur de peau, cette tenue avait engendré des utilités multiples. Certaines, au contraire, en avaient même fait un outil de séduction, ceci en laissait mieux apparaître l’œil ou le talon dans l’idée d’attirer le regard d’un possible prétendant. Nombreuses jusqu’au début du 19e siècle chrétien, les Tapadas de Lima – telles qu’elles étaient nommées – auront en tout cas longtemps étonné les observateurs. Ladite tenue allait cependant finir par disparaître le siècle suivant, chacune adoptant des tenues jugées plus “modernes”, pour ne plus être porté que pour de rares occasions.

 

Renaud K.


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