Des trois martyrs

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Dans les milieux soufis circulent régulièrement le nom de trois hommes connus comme les martyrs de la tradition : Ayn al-Qużāt Hamadānī,Mansūr al-Ḥallāj et Shahāb ad-Dīn Suhrawardi.

 

Ayn al-Qużāt Hamadānī est un érudit perse né en 491 de l’hégire (1098). Il est l’auteur de Tamhīdāt et Zubdat al-ḥaqāʾiq fī kashf al-khalā’q, deux pièces maîtresses de la littérature soufie.Accusé d’hérésie, faute d’avoir eu selon ses accusateurs des prétentions à la Seigneurie et de s’être adonné à de faux miracles, il est exécuté par le pouvoir seldjoukide la nuit du 7 jumada ath-thani 525 (7 mai 1131). Les sources divergent quant à savoir s’il fut crucifié ou brûler vif. Il avait été l’un des plus proches élèves d’Aḥmad, le frère du célèbre Abū Ḥāmid al-Ghazālī.

 

Mansūr al-Ḥallāj fut l’un des poètes et mystiques les plus fameux du 3ème siècle hégirien. Réalisant une carrière de prêcheur itinérant – il est entrevu en Perse comme aux abords de la Chine – il sera plusieurs fois inquiété, avant d’être arrêté et placé en détention. Dénoncé comme agitateur politique, on lui reprochait  des accointances avec les Qarmates, des sectaires chiites, mais aussi et surtout des propos tenus pour hétérodoxes. Détenu durant huit années, il est finalement condamné à mort un 23 Dhu ‘l-Qa’da (25 mars 922), après ce qui avait été le procès du siècle bagdadien. Accusé d’avoir nié le Hajj, professé être la vérité – Ana ‘l-Ḥaqq – et émis d’autres paroles jugées hérétiques, il fut battu, pendu (ou égorger selon les sources) et crucifié, avant que son corps soit réduit en cendres et jeté dans les eaux du Tigre. Des milliers de personnes avaient assisté à son exécution.

 

Shahāb ad-Dīn Suhrawardi est un des penseurs ayant le plus marqué les lettres persanes. Mystique perse, il est le fondateur de la philosophie illuminative. Né en 550H (1155), il sera mis à mort le 5 Rajab 587 (1191) à Alep, en Syrie. Ayant réuni autour de lui un grand nombre de disciples, il avait été très vite accusé de mêler le vrai au faux parmi les gens, ceci en professant nombre de croyances propres aux traditions anciennes, tel le zoroastrisme et le platonicisme, ou encore en se rapprochant idéologiquement de l’ismaélisme. C’est, selon la plupart des sources, le propre fils de Ṣalāḥ ad-Dīn, al-Malik al-Ẓahīr Ghāzī – alors émir d’Alep – qui le fit mettre à mort. Il avait avant cela eu le temps d’écrire près d’une cinquantaine d’ouvrages, dont certains des plus fameux titres de la philosophie arabo-persane.

 

Morts pour leurs idées, ils figurent au panthéon des nombreux érudits ayant dû payer de leur vie leur distance prise avec l’orthodoxie officielle.

Renaud K.