Les pérégrinations du café en pays d’Islam

Importé d’Éthiopie où il était bu depuis bien des générations, le kahwa est ramené en Arabie au 15e siècle chrétien par un certain ‘Umar al-Shādhilī, ascète réputé de la région. Apprécié des soufis de la péninsule arabique car il maintient l’éveil et la lucidité d’esprit nécessaire aux actes d’adoration nocturne, le café allait très vite être connu du monde musulman au travers du Hajj à La Mecque. Bien avant que ce fût le cas en Europe, des cafés (būyut al-kahwa) y ouvrent déjà le siècle suivant, bientôt à Damas ou au Caire. Le succès est à chaque fois immédiat. Mais les imams les plus ancrés dans la Loi ne tardent pas à voir en cette boisson la cause de bien des maux. En 917H (1511), des juristes s’étaient ainsi réunis dans la ville sainte pour émettre son caractère illicite. Le Coran prohibant l’ivresse, le café ayant un effet jugé enivrant, il fut par analogie considéré comme tel. Mais la prohibition ne durait jamais; d’autres imams, appuyés par la population, faisaient aussitôt annuler l’interdit çà et là. Il aura fallu en réalité plus de deux siècles pour le café soit unanimement autorisé. Certains souverains – tel le sultan ottoman Murād IV – pouvaient même faire tuer les buveurs le cas échéant quand d’autres s’en délectaient publiquement. Avant son arrivée en Europe, les papes – qui l’interdiront longtemps – avaient d’ailleurs souvent vu en ce breuvage noir l’un des vices propres des adeptes de l’islam. Ce, jusqu’à ce que Paris soit pris d’amour pour le breuvage après la venue de l’ambassade ottomane auprès de Louis XIV. Préparé alors à la turque, il se boit dans une coupelle, et non à la tasse, ceci afin de mieux le refroidir et ne pas ingérer le marc. Quelques décennies plus tard, des būyut al-kahwa étaient trouvés dans les plus grandes capitales européennes.

Renaud K.


Pour en savoir plus :

  • Sarrazins N°3, “Le périple du café”, 2019, en vente ici :
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