Les Ottomans face à la Révolution française

“Les athées connus et célèbres, Voltaire et Rousseau et d’autres matérialistes comme eux, ont imprimé et publié divers ouvrages qui contiennent des injures et des blasphèmes à l’égard des prophètes purs et des grands rois, le souhait de l’abolition de toute religion, ainsi que des allusions à la douceur de l’égalité et de l’idéologie républicaine. Tout cela exprimé avec des mots et des phrases facilement compréhensibles, sous forme de dérision, et dans la langue du commun du peuple. Les ressortissants de la nation française ne croient pas en l’unicité du Seigneur des cieux et de la terre, ni en l’envoi d’un intercesseur au Jour dernier, mais ils ont abandonné toute religion, niant l’Au-delà et ses châtiments. Ils ne croient pas au Jour de la résurrection et prétendent que seul le temps qui passe nous détruit et qu’il n’existe rien en dehors du sein qui nous a donné la vie, et de la terre qui nous avale, et que, de plus, il n’existe pas de résurrection ni de Jugement dernier, aucune épreuve, ni sanction, pas d’interrogatoire, ni de réponse. Ils expliquent que les livres que les prophètes ont apporté sont ouvertement des faux et que le Coran, la Thora et les Évangiles ne sont que mensonges et bavardages et que ceux qui se désignent comme prophètes ont trompé des hommes ignorants, que tous les hommes de par leur humanité sont égaux, qu’aucun n’a mérité de supériorité sur l’autre et que chacun dispose librement de sa personne et détermine lui-même son devenir dans la vie. Par de telle vaines croyances, ils ont érigé de nouveaux principes et édicté des lois que Satan leur a soufflées, ils ont détruit les bases de la religion et ont rendu légales des choses interdites et se sont arrogés ce que leur passion désirait. Ils ont entraîné les masses du peuple, qui sont devenues comme des fous délirants dans leurs sacrilèges, ont produit des troubles dans les religions et ont semé la discorde entre les rois et les États. (…) Puis les Français dirigèrent leur impiété et leurs complots contre la communauté de Mohammed”

Texte rédigé au printemps 1798, sous le Sultan Selīm III, par le secrétaire en chef du sultan à l’intention du Grand Conseil d’État ottoman, au sujet de la Révolution française, cité par Bernard Lewis, dans “Comment l’Islam a découvert l’Europe”, Paris, Gallimard, 2012, p. 185

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