Les Ghazis, ces Turcs en guerre

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Au 13ème siècle chrétien, la fin du puissant sultanat de Roum en Anatolie (actuelle Turquie) coïncida avec l’apparition d’une multitude d’émirats dirigés par des princes de guerre nommés les Ghazis. Combattants des steppes installés aux marches de l’Empire byzantin, on leur savait un talent redoutable pour la guerre et surtout, leur peu de peur face à la mort.

Présents déjà dans les forces islamiques des Seldjoukides et des Abbassides, les Ghazis avaient dû fuir les terres conquises par les Mongols autour du ravage de Bagdad en 656 de l’hégire (1258). Souvent issus des couches les plus populaires des campagnes d’Orient, les Ghazis étaient les adeptes d’un islam puritain et sans concessions, plaçant le Jihad au centre de leurs préoccupations. La bataille organisée et préparée n’était pas de leur ressort; plutôt la razzia. D’ailleurs, le terme de razzia à la même racine que celui des Ghazis, tous deux des dérivés de l’arabe ghazw (sorte de raid armé). Harcelant les cités chrétiennes de l’Empire grec, ces derniers avaient répondu par la création d’une armée de mercenaires censés donner le la aux Ghazis : les Akrites.

C’est des rangs de ces Ghazis que sortira le fondateur de la dynastie ottomane : Osman Ier (m.726 H/1326). Les neuf premiers sultans ottomans porteront d’ailleurs le titre de Ghazi. Plus tard, de nombreux autres dirigeants d’États musulmans vont emprunter ce même titre, tels Husrev-beg (m.948 H/1541), le bey de Bosnie, Ghazi Muḥammad (m.1248 H/1832), le premier imam du Daghestan, et même, Mustafa Kemal Atatürk (m.1357 H/1938), fondateur de la Turquie moderne et l’homme ayant aboli le califat.

Peu à peu délaissés au profit des Janissaires – ces soldats d’élite convertis à l’islam servant l’Empire ottoman – les Ghazis disparaissent en tant que tels au 15ème siècle chrétien.

Renaud K.