Les Banū Mūsā, ces ingénieurs de Bagdad

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Les Banū Mūsā, c’est une célèbre fratrie de savants perses ayant évolué à Bagdad au cours du 9e siècle chrétien. Fils d’ibn Shākir, un célèbre astronome du Khorassan, les trois frères, Abū Jaʿfar, Abū al‐Qāsim et Al-Hasan avaient très tôt su bénéficier de l’appui du calife en personne, le fameux al-Maʾmūn. Placés dans la Maison de la Sagesse, siège des sciences d’Orient à l’époque, c’est sous le patronage du célèbre astronome Yahyā ibn Abī Mansūr qu’ils réalisent leurs premiers travaux. Leur connaissance de la langue grecque les amène à opérer en un premier temps comme traducteurs; ils participent alors à l’entreprise démarrée sous les Abbassides consistant à poser en arabe les écrits antiques. De plus en plus appréciés et reconnus, un cabinet leur est même attribué, lequel leur permet d’embaucher d’autres savants pour les aider. C’est ainsi que Thābit ibn Qurra, Hunayn ibn Ishāq, deux des plus grands polymathes et traducteurs de leur temps, ainsi que le maître de l’algèbre Al-Khwārizmī sont vus travailler dans leurs bureaux. Les mathématiques, la philosophie, l’étude des astres; c’est l’ensemble des sciences exploitées par les Grecs qui finissent à leurs tables. En sortiront certaines des plus grandes œuvres du patrimoine grec, tels les Éléments d’Euclide et bien d’autres.

Après la mort d’al-Maʾmūn, les Banū Mūsā vont continuer à travailler sous les califes al-Mu’tasim, al-Wathiq et al-Mutawakkil suivants. Dépassant le seul stade de traducteurs, ils s’illustrent des années durant en véritables hommes de science. Si le rôle de chacun des frères est difficile à définir, il semble que Jaʿfar Muḥammad fut le plus productif de tous. Ayant grandi parmi les astronomes, ils en viendront naturellement à lancer de propres recherches dans le domaine. Férus de géométrie, ils développent entre deux traductions certains des plus grands concepts de leur temps; ingénieurs en herbe, ils réalisent des prouesses mécaniques encore jamais atteintes. La plus populaire de leurs publications est ainsi le Kitāb al-Hiyal (Le livre des tours), laquelle contient quelque cent appareils mécaniques, pour beaucoup des inédits. On y retrouve des vannes à boisseau conique, un robinet à flotteur, un masque à gaz et un soufflet de ventilation pour les mines, des fontaines à jet variable, une lampe à arrêt automatique et même une flûte programmable. Ils ont également participé à une expédition visant à prendre des mesures géodésiques afin de déterminer la longueur d’un degré. Ils participent encore à la fondation de la cité nouvelle d’al-Jafariyya, commandée par le calife al-Mutawakkil.

Les Banū Mūsā ont au final rédigé une vingtaine de livres, lesquels révolutionneront les milieux de la traduction, de la mécanique et de l’astronomie. Certains feront école des siècles durant jusqu’en Europe, dont leur fameux Traité de la mesure des figures planes et sphériques, traduit en latin par le célèbre Gérard de Crémone et encore utilisé par le savant Roger Bacon. Les Banū Mūsā finiront leur vie à Bagdad après plusieurs décennies de travaux, rendant tous les trois l’âme dans la dernière moitié du 3e siècle de l’hégire.

 

Renaud K.


Pour en savoir plus :

  • Pingree, D. (1988). « Banū Mūsā ». Encyclopædia Iranica
  • Masood, Ehsad (2009). Science and Islam A History. Icon Books Ltd.
  • Hamedani, Hossein Masoumi and Esots Janis, “Banū Mūsā”, in: Encyclopaedia Islamica