Bari, un Emirat en Italie

Présents dès la moitié du premier siècle hégirien aux abords de la Sicile, en Crète, à Chypre, plus tard en Corse, sur la Côte d’Azur et le long des plages d’Egypte ou du Maghreb, les musulmans se sont longtemps constitués en Méditerranée en de multiples petits États. L’un d’eux, et sûrement le moins connu : l’Émirat de Bari. Bari est une cité du sud de l’Italie qui jusque dans les années 220 de l’hégire (840) appartient aux Byzantins. À ce moment, des musulmans venus de l’actuelle Tunisie, issus de la dynastie arabe des Aghlabides y sont vus y débarquer, l’occupant brièvement, avant d’en prendre l’entière possession en 232H (847). Les opérations sont alors menées par Khalfūn, un commandant de condition servile, qui jusqu’ici vivait dans la Sicile islamique voisine. Passant inaperçue, l’entreprise de Khalfūn ne semble d’abord pas intéresser grand monde. Ce n’est qu’avec Mufarraq ibn Sallām, son successeur, que Bari gagne après 235H (852) à se faire connaître du calife abbasside d’alors, al-Muttawakil. Mufarraq lui demanda en effet de pouvoir l’administrer en son nom et pendant dix ans, le nouvel émir de Bari va ainsi travailler à islamiser ce petit bout d’Italie. Une diaspora musulmane s’y installe. Assassiné après cinq ans de règne, Mufarraq laisse alors place à Sawdān al-Mawiri. Faisant construire des mosquées, il continue la politique de son prédécesseur, tentant aussi de nouer des contacts avec ses voisins chrétiens. Cela ne l’empêche pas de lancer ses raids militaires contre certains, tel celui mené contre le prince Adelchis, un Lombard à la tête de la principauté de Benevento. C’est Sawdān qui obtiendra l’aval, tardif, du calife, qui comprend que la cité sert alors de station d’arrêt pour les pèlerins chrétiens se rendant à Jérusalem. Un moine franc, Bernard, ira narrer d’ailleurs dans son Itinerarium Bernardi son escale dans l’Emirat, ou comment il avait réclamé à Sawdan un sauf-conduit rédigé de sa main afin de passer par l’Égypte et gagner la Terre sainte. Place commerciale réputée, l’Émirat de Bari reçoit la visite de nombreux marchands et hommes de lettres. L’érudit juif Abu Aaron entretient d’ailleurs de très bons rapports avec Sawdān. Si pour beaucoup, l’occupation musulmane de la cité est d’une banalité tragique pour beaucoup de chrétiens, qui semblent depuis avoir accepté la présence musulmane à leur porte, pour d’autres, il n’en est rien. Ce, plus particulièrement pour l’Église de Rome, non loin, et pour Louis II d’Italie, l’Empereur romain d’Occident d’alors et accessoirement un descendant de Charlemagne. Ayant repoussé les assauts de la coalition menée par le Lombard Lambert I, Sawdān agace ledit Empereur, plus encore quand il accorde le refuge à ses opposants politiques et se permet des incursions dans l’Italie profonde. Rome est même attaquée à plusieurs reprises. L’Emirat, qui s’était alors étendu aux cités voisines, est depuis quelques années aussi en étroite communication avec deux autres Émirats ayant aussi pris place en Italie, celui de Tarente et l’autre de Brindisi. Une première campagne militaire est alors menée durant l’hiver 253H (867) par l’Empereur romain aidé de Francs, Croates et Lombards. Bari n’est cependant pas encore approchée, et il faudra attendre le mois de rabī’ al-awwal 257 (871) pour voir la coalition faire la conquête de la ville. Si de nombreux musulmans y trouvent la mort, Sawdān sera lui, pris vivant, avant d’être enchaîné et ramené en captif à Benevento. Selon les chroniques d’époque, il aurait été libéré dès la mort de Louis II quatre ans plus tard, sans qu’on ne sache ce qu’il advint de lui. 

Renaud K.


Pour en savoir plus :

  • Barbara M. Kreutz, Before the Normans: Southern Italy in the Ninth and Tenth Centuries, Philadelphia, University of Pennsylvania Press, 1996
  • Golvin, L. (1985-11-01), “Bari . (Émirat berbère du IXe siècle)”, Encyclopédie berbère (in French), Éditions
  • Musca G, L’Emirato di Bari (847-871), Delado libri, 1978.
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