L’émir Khaled et le nationalisme algérien

L’émir Khaled, fils de l’émir al-Hāshimī, fils de l’émir ʿAbd al-Qādir est considéré comme l’une des grandes figures du Maghreb, de la première moitié du XXe siècle. Né à Damas, en Syrie, en 1292 de l’Hégire (1875), l’émir Khaled est issu d’une grande famille aisée. Alors qu’il est encore jeune, en 1315H (1892), son père décide de rejoindre l’Algérie, le pays de ses ancêtres, et où le jeune émir passera sa jeunesse. Il reçoit une éducation particulièrement soignée (il fréquente notamment le lycée Louis-Le-Grand à Paris), et une instruction militaire d’excellence à l’école militaire française Saint-Cyr. Malgré les bonnes relations que sa famille entretient avec les autorités françaises, l’émir Khaled entre souvent en désaccord avec elles : il refuse de se faire naturaliser français, puis il souhaite intégrer un corps d’armée algérien, plutôt qu’un régiment français. Il faut toutefois souligner que l’émir participe en 1325H (1907) aux côtés de l’armée française à des opérations de pacification au Maroc, pays où il ne serait désormais plus le bienvenu. Il sert dans l’armée française durant la Première Guerre mondiale, où il se distingue par son courage et son loyalisme. Il obtient ainsi le grade d’officier de la Légion d’honneur. L’émir est à la fois estimé par les autorités militaires et suspecté par l’administration coloniale en Algérie. On voit en lui à la fois un chef militaire noble et droit et un agitateur dangereux. À côté de sa carrière militaire, et devant le constat terrible de la domination coloniale française, et de l’oppression du peuple algérien, l’émir décide de s’engager politiquement en faveur de son peuple. Dès 1330H (1912), il prend la tête du mouvement d’opposition Jeune-Algérien, pour réclamer une plus grande justice. L’émir refuse catégoriquement l’option de l’assimilation française pour son peuple, car elle suppose de reconnaître le droit civil français, en abandonnant le droit musulman, Il soutient toutefois le service militaire obligatoire, afin que les musulmans d’Algérie accèdent à davantage de droits politiques. L’émir recherche également une meilleure reconnaissance pour son peuple. Après la guerre, à partir de 1337H (1919), la lutte politique de l’émir devient acharnée, et accrue : il va jusqu’à se rapprocher de mouvements communistes, ce qui conduit à une violente campagne de répression à son égard. L’administration coloniale évoque même un “péril nationaliste”. À Alger surtout, les colons craignent les conséquences des victoires politiques de l’émir. En effet ce dernier aurait déclaré “Kabyles, Mozabites et Arabes doivent former un seul et unique parti partout où ils se trouvent en commun. Loin de moi l’esprit de race puisque la même foi nous unit”. Face à ces difficultés, et bien que soutenu par une partie ses partisans, il se retrouve rapidement isolé sur la scène politique, et trahit par des membres de son parti. Devant la multiplication de ses adversaires politiques, l’émir Khaled décide alors, en accord avec le gouvernement français, de mettre fin à ses fonctions politiques en Algérie et de s’exiler. En échange, il obtient ainsi une compensation financière qui lui permet de retourner en Syrie, où vit encore une partie de sa famille. Néanmoins, il ne renonce pas à son combat pour le peuple algérien. En Syrie, alors sous mandat français, et en France même, il persévère sur cette voie. Par le biais de pétitions, de conférences sur la condition des musulmans d’Algérie, et de la presse, l’émir Khaled enchaîne les apparitions, visant à obtenir plus de droits et d’égalité pour son peuple. Soutenu par le parti communiste français, il s’engage en faveur de la liberté de la presse, de l’instruction obligatoire, de la défense de la langue arabe, de meilleures conditions de travail, et contre la répression et l’injustice coloniales. Jusqu’à la fin de sa vie, il ne retournera pas en Algérie. Entre Damas et Beyrouth, l’émir Khaled poursuit son combat politique jusqu’à son dernier souffle. Il meurt à Damas, le 14 du mois de chawwal 1354 (9 janvier 1936). Sa mort sera commémorée par de grandes manifestations en Algérie, en l’honneur de celui que l’on surnomme le “grand chef nationaliste”. Ibn Bādīs, penseur et réformiste religieux, dit d’ailleurs à son égard qu’il était un “héros de l’islam”, et un “illustre personnage arabe”. Il reconnaissait également sa sincérité, sa générosité et sa franchise.

Hanan B.


Pour en savoir plus :

  • Merad Ali. L’émir Khaled (1875-1936) vu par Ibn Badis (1889-1940). Revue de l’Occident musulman et de la Méditerranée, n°9, 1971. pp. 21-35
  • Ageron Charles-Robert. Enquête sur les origines du nationalisme algérien. L’émir Khaled, petit- ls d’Abd El-Kader, fut-il le premier nationaliste algérien ?. Revue de l’Occident musulman et de la Méditerranée, n°2, 1966. pp. 9-49
  • René Galissot, « KHALED ibn al Hachemi ibn al Hadj ab al Qadir dit l’Émir Khaled », 2 novembre 2010, URL : https://maitron.fr/spip.php?article97328

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