Extraits

Le voile de ces dames

« Le récit (…) d’Ibn Baṭṭūṭa (…) est tout aussi éclairant. Faisant la description des différents voiles retrouvés de l’est à l’ouest du monde musulman, il ne peut s’empêcher de déplorer le fait d’apercevoir des femmes dévoilées dans les régions les plus reculées du domaine de l’Islam, ainsi du Mali, ou des Indes. Il va même, lors de son périple en Asie du Sud-Est, tenter de l’ imposer à certaines en occupant la fonction de juge (qāḍī). La notion de honte, ou d’absence de gêne, revient d’ailleurs plusieurs fois dans les mots d’Ibn Baṭṭūṭa lorsqu’il évoque ces dames non-voilées. À la fin du 8e siècle hégirien (14e siècle G), le Florentin Léonardo Frescobaldi fait bien état de l’observation du port du voile dans l’Égypte des Ayyoubides, notamment dans la haute société ; « les plus nobles (chez les femmes du Caire) portent un tamin noir devant leurs yeux pour ne pas être vues, mais elles voient très bien les autres. ». (…) c’est le célèbre Christophe Colomb qui ne peut s’empêcher, dans son carnet de bord, d’évoquer la ressemblance de certaines Amérindiennes avec les Maures aperçues en Espagne, du fait de leur port respectif du voile. Se voiler n’a jamais été un antonyme à la coquetterie. Le jilbāb reste dans sa forme, mais ses couleurs sont variées. Au noir ou au blanc, s’ajoutent le bleu ou le gris, parfois le rose ou le jaune. Parfois, on le teint à l’aide des herbes et épices les plus prisées afin de sortir du lot. Déjà du temps du Prophète (pssl), il est rapporté que ​​ʿĀʾisha portait des vêtements teints avec du carthame. Uniforme ici, il est rayé ou à motifs là-bas. C’est surtout le voile du visage – niqāb, miqnaʿ, sitār, lithām… – qui subit quelques transformations. »

Cet extrait est à retrouver dans le N°8 de Sarrazins, en vente ici :

https://www.sarrazins.fr/produit/sarrazins-n8-precommande/