Le désastre des Romains face aux Turcs

En 463 de l’hégire (août 1071), les 100 000 soldats byzantins sont quelque part en Anatolie anéantis par de nouveaux venus : les Turcs Seljoukides. L’empereur des Romains d’Orient est capturé, les Roums quittent l’actuelle Turquie, Alp Arslan se fait le sultan des sunnites, une nouvelle ère semble démarrer… 

Une trentaine d’années avant la 1ère Croisade, l’Empire byzantin est au plus mal. Attaquée par les Normands à l’ouest, l’entité romaine est surtout en proie aux incursions répétées de Turcs, encore désunis politiquement, mais de plus en plus souvent fédérés autour d’un islam sunnite alors aux portes de l’Europe chrétienne. 

Avant que la papauté ne décide de venir en « aide » à leurs frères en religion, c’est donc à Romain IV Diogène, empereur des Byzantins seul que revient la décision de préserver la ville rempart, Byzance, future Constantinople des Turcs. Romain lève alors une armée, envoi des ambassades répétées aux Turcs afin qu’ils s’effacent d’eux même ; mais ces derniers sont occupés avec un ennemi bien plus féroce en ce nouveau millénaire grégorien : les Chiites de la dynastie fatimide dominant l’Égypte et une partie du Proche-Orient. Mais à force de forteresses perdues lors de sièges menés par les Byzantins où le gros des forces seljoukides est absente, l’armée turque combattant à Alep est contrainte de faire demi-tour. 

Les Seljoukides ont à ce moment un sultan qui ne va pas tarder à rentrer dans l’histoire : Alp Arslan (Lion Héroïque). Pressé de faire face à l’empereur des Roums, le combat tant attendu ne démarre pourtant pas sous les meilleurs hospices. L’armée turque se disperse maladroitement, bientôt, Alp Arslan n’est accompagné plus que de sa garde personnelle, des mercenaires esclaves nommés Ghulams. Arrivé aux pieds de la forteresse de Manzikert en Anatolie, le sultan est finalement rejoint par ses hommes et d’autres mercenaires turcs : ils sont près de 50 000. Nombreux, ils font cependant face à une armée deux fois plus conséquente. Romain IV, pensant la victoire au bout de son glaive refuse même l’offre de paix qui lui est envoyée par le Calife abbasside lui-même encore à Bagdad. 

Nous sommes à la fin du mois d’août 1071, le combat s’engage. Alors que les pronostics semblaient être faits d’avance, le vent tourne pourtant très vite en faveur des Turcs. Pour cause, l’armée byzantine s’est complètement divisée ; des soldats ont fait défection, quand d’autres rejoignent tout simplement le camp turc. Profitant de la cohue qui s’installe dans l’armée ennemie, l’assaut général est donné. Les Turcs s’élancent alors à toute vitesse, ils brisent l’aile droite et brisent l’aile gauche de l’armée byzantine, poussant le centre à se retirer. Les morts s’accumulent. Les Seldjoukides pratiquent en effet un art de la guerre des plus désorientant. Peuples des steppes, ils étaient passés maître dans l’art du tir à l’arc à dos de cheval. Harcelant l’ennemi, mimant des fuites répétées, l’armée turque n’avait rien de l’armée faite d’ordre et de rang des Romains d’Orient. Les Byzantins sont ainsi face aux Turcs écrasés. Voyant son armée au plus mal, Romain IV ne cède rien, mais à bout, il est vite fait comme un rat : encerclé, puis capturé, il est sous les lames des Turcs ramené aux pieds du sultan vainqueur. 

Mais en lieu et place de le faire exécuter, Alp Arslan le traite étonnement avec tous les honneurs. Remis en liberté contre rançon et échanges de prisonniers, couvert de présents, il est gentiment raccompagné de l’autre côté de l’Anatolie. Renversé par un coup d’Etat en son absence, c’est de ses camarades que l’ex empereur va alors avoir à craindre. Il est finalement capturé par les siens, exilé sur l’île de Proti, après avoir eu les yeux crevés. Il va mourir quelques semaines plus tard, privé de soins médicaux. 

Cette victoire des Seljoukides sera décisive. Si l’Empire byzantin va encore durer 4 autres siècles, la victoire de Manzikert marque en effet le début de l’hégémonie turque en Anatolie. Les Roums quittent peu à peu le territoire, remplacé alors par de plus en plus de Turcs, venus y cultiver la terre comme se battre contre les Chrétiens et Chiites. En Europe, un petit air de guerre sainte commence çà et là à se jouer. Les Turcs, nouveaux portes étendards de l’islam sunnite, vont bientôt devoir faire face à une menace sans précédent : les Croisades. 

Renaud K. 

 

Pour en savoir plus :

– Les Turcs Seljoukides, Michel Balivet

– http://historum.com/blogs/bigpapajohnson/1358-billet-1-la-bataille-de-manzikert-vecue-par-les-seldjoukides.html

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