Le croissant, un emblème islamique ?

Le croissant comme symbole de l’islam demeure récurrent dès le 7e siècle de l’hégire (13e) en bien des illustrations ornant les récits et ouvrages européens traitant de l’histoire de la civilisation islamique. Le siècle précédent, on pouvait déjà apercevoir sur le toit de la cathédrale d’Angoulême, la gravure d’un édifice musulman surmontée d’un petit croissant de lune l’accompagnant. La gravure était censée relater en la pierre la fameuse « chanson de Roland », œuvre lyrique et anti-sarrasine rencontrant tout son succès à l’époque. Plus tard, on retrouve le croissant sur des cartes désignant les terres islamiques et plus particulièrement celles où vivent les Turcs. Les musulmans étant accusés d’adorer le Dieu lunaire, sujets à un calendrier se basant sur les mouvements de la lune et jeûnant selon qu’elle est aperçue ou non, le lien entre l’islam et la lune est aisé. Aussi plus largement assimilé à l’Orient, on l’use même pour illustrer les ouvrages relatant les histoires des Rois Mages ou autres souverains du « là bas« . L’islam étant une religion païenne pour le clergé d’Europe, le croissant était aussi depuis longtemps devenu celui du paganisme. On retrouve ainsi des récits attribuant le symbole du croissant au Clovis d’avant sa conversion au christianisme au tout début du Moyen Âge. On pourrait ainsi penser à un symbole appliqué faussement à l’islam sans fondements réels. Le croissant est pourtant bel et bien présent dans l’art arabo-musulman. Si nous retrouvons déjà le croissant en Orient et plus particulièrement dans l’Iran préislamique, usé à des fins décoratives, il est présent dans le paysage musulman dès le premier siècle hégirien. Les pièces de dirham retrouvées de l’Arabie à la Perse datant des débuts de l’islam présentent en effet très souvent le symbole du croissant (et de l’étoile) sur leurs faces. Des pièces datant du règne d’Alī ibn Abī Tālib, autour de l’an 41 de l’hégire, offrent le symbole sur ses bords, de même que pour le fameux “dirham d’Omar”. Datant de l’an 20 de l’hégire, lors du règne de Umar Ibn al-Khattāb, cette pièce frappée au Sijistan montre encore un croissant – et une étoile – sur l’une de ses faces. Il s’agit par ailleurs de la plus ancienne monnaie frappée par les musulmans trouvée jusqu’à présent. Démocratisé depuis, le croissant s’est au travers des siècles retrouvé sur bien des frontons et minarets des mosquées avant d’atterrir sur la plupart des drapeaux des nations musulmanes modernes.

 

Renaud K. 

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