L’autodafé d’al Ghazali

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502 de l’hégire (1109), alors qu’il était devenu le nouveau sultan almoravide, Ali, fils du célèbre Youssef ibn Tachfine, fut averti du contenu d’un ouvrage qui était en train de faire grand bruit. L’oeuvre concernée ? La célèbre Revivification des sciences religieuses d’Abu Hamid al Ghazali, que l’on connaît en arabe sous le titre d’Ihya’ ‘ulum ad din. Interpellé par le juge Abu AbdAllah ibn Hamdinun traditionaliste malikite et auteur d’une réfutation (perdue) du savant concerné, le sultan Ali est sommé de faire disparaître le livre de ses terres. Le juge Hamdin avait par ailleurs, selon Ibn Qattan, tant al Ghazali en horreur qu’il “était sur le point de (le) déclarer (…) mécréant” (1). 

Convoquant les savants de Cordoue, Ali ibn Youssef se plia alors à la sentence des doctes qui pour le coup fut sans détour : l’ouvrage concerné doit être réduit en fumée. Ainsi “il fut brûlé à Cordoue à la porte ouest dans le jardin de la mosquée après avoir été aspergé d’huile. Un groupe de personnes éminentes furent présentes durant l’autodafé, et des instructions furent envoyées pour le brûler à travers le pays. Cet autodafé se poursuivit sur les terres du Maroc à cette époque. » (1) L’autodafé, relaté encore plus tard par le savant Adh Dhahabi (2), eut lieu sans aucune protestation, si ce n’est en quelques milieux savants à Almeria.

Plus tard, c’est le fils d’Ali, Tashfin, qui, devenant sultan en 538H (1143), réitère l’action. Il écrit même au gouverneur et juristes de Valence, afin qu’ils se gardent “des ouvrages d’Abu Hamid al Ghazali ”, et même, de les suivre “à la trace, afin que sa mémoire soit totalement détruite, au moyen d’un autodafé incessant”. “Faites des perquisitions et exigez des serments de ceux que vous soupçonnez d’en cacher” disait-il encore (3).

Sortis d’une longue ère de troubles où les chiismes avaient fait la loi, les Musulmans du Maghreb, malikites et sous le patronage d’Almoravides acquis à la cause, s’étaient d’abord montré très hostiles à l’égard de l’asharisme et du kalam. Ceci étant, il fallut peu de temps à l’œuvre d’al Ghazali pour finalement renaître de ses cendres. Les Almohades suivants feront eux, au contraire des Almoravides, un accueil plus qu’appuyé à l’asharisme, permettant à l’œuvre d’enfin se faire une place à l’Ouest. 

 

Renaud K.

En bref – L’autodafé d’al Ghazali

502 de l’hégire (1109), alors qu’il était devenu le nouveau sultan almoravide, Ali, fils du célèbre Youssef ibn Tachfine, fut averti du contenu d’un ouvrage qui était en train de faire grand bruit. L’oeuvre concernée ? La célèbre Revivification des sciences religieuses d’Abu Hamid al Ghazali, que l’on connaît en arabe sous le titre d’Ihya’ ‘ulum ad din. Interpellé par le juge Abu AbdAllah ibn Hamdin, un traditionaliste malikite et auteur d’une réfutation (perdue) du savant concerné, le sultan Ali est sommé de faire disparaître le livre de ses terres. Le juge Hamdin avait par ailleurs, selon Ibn Qattan, tant al Ghazali en horreur qu’il “était sur le point de (le) déclarer (…) mécréant” (1).

Convoquant les savants de Cordoue, Ali ibn Youssef se plia alors à la sentence des doctes qui pour le coup fut sans détour : l’ouvrage concerné doit être réduit en fumée. Ainsi “il fut brûlé à Cordoue à la porte ouest dans le jardin de la mosquée après avoir été aspergé d’huile. Un groupe de personnes éminentes furent présentes durant l’autodafé, et des instructions furent envoyées pour le brûler à travers le pays. Cet autodafé se poursuivit sur les terres du Maroc à cette époque. » (1) L’autodafé, relaté encore plus tard par le savant Adh Dhahabi (2), eut lieu sans aucune protestation, si ce n’est en quelques milieux savants à Almeria. Plus tard, c’est le fils d’Ali, Tashfin, qui, devenant sultan en 538H (1143), réitère l’action. Il écrit même au gouverneur et juristes de Valence, afin qu’ils se gardent “des ouvrages d’Abu Hamid al Ghazali”, et même, de les suivre “à la trace, afin que sa mémoire soit totalement détruite, au moyen d’un autodafé incessant”. “Faites des perquisitions et exigez des serments de ceux que vous soupçonnez d’en cacher” disait-il encore (3).

Sortis d’une longue ère de troubles où les chiismes avaient fait la loi, les Musulmans du Maghreb, malikites et sous le patronage d’Almoravides acquis à la cause, s’étaient pour beaucoup et généralement montré très hostiles à l’égard de l’asharisme et du kalam alors en pleine expansion. Ceci étant, il fallut peu de temps à l’œuvre d’al Ghazali pour finalement renaître de ses cendres. Les Almohades suivants feront eux, au contraire des Almoravides, un accueil plus qu’appuyé à l’asharisme et aux œuvres du genre, permettant entre autre à l’ouvrage ici en question d’enfin se faire une place à l’Ouest.

 

Renaud K

 

(1) Ibn al Qattan cité dans “al mi’yar al mou’rib wa al jami’ al moughrib ‘an fatawi oulama’ ifriqiyya wa al andalous wa al-maghrib » d’al Wansharisi, t. 12, p. 185

(2) al ‘ibar  khabar man ghabar, d’Adh Dhahabi

(3) Nazm al-jouman li tartib ma salaf min akhbar az zaman, d’Ibn al Qattan