“(…) En 1298H (1881), Jules Ferry, chantre de la laïcité et de la IIIe république, fait adopter le fameux code de l’indigénat, qui, de fait, instaure un régime juridique spécial pour les Algériens de confession musulmane. Les administrateurs des colonies sont dès lors autorisés (officiellement) à appliquer des peines diverses (prison, amendes) aux autochtones et sans procès. Tenir des propos défiant l’autorité française, refuser de fournir aux colons les vivres et moyens de transport réclamés ou de se constituer comme guide ou gardien de nuit sont autant de motifs qui peuvent envoyer les concernés en prison. Un permis de voyage est même nécessaire pour quiconque aurait à quitter son lieu de vie. À une gestion de la vie des Algériens s’en ajoute alors une autre : celle de l’islam. Religion intimant à ses adeptes la résistance en cas d’agression, l’islam était très vite apparu comme la colonne à abattre afin de s’imposer au Maghreb. (…) En contrepartie, l’État français promet de subventionner le culte, sous conditions : les imams doivent faire preuve d’un apolitisme sans faille. En 1257H (1841), les Français font de leur droit pénal la norme en Algérie, la Shari’a est abolie, ou réduite à n’intervenir que dans de rares cas. Les écoles sont ensuite placées sous surveillance et fermées à la moindre entorse. L’enseignement du Coran et de l’arabe recule et les enfants musulmans d’Algérie sont alors invités à se réunir dans des écoles publiques où les professeurs, français, sont chargés de faire leur instruction (laïque). En matière de laïcité, la France jouera d’ailleurs en Algérie la carte de l’ambiguïté : si la loi de 1905 est censée s’appliquer sur tout le territoire français, elle bénéficie d’un non-lieu en Algérie. Garantissant le libre exercice du culte et la non-intervention de l’État, son application aurait eu pour effet de pousser les autorités françaises hors des mosquées et de laisser aux musulmans le soin de gérer, seuls, leurs dotations et écoles. Impensable pour Paris qui fait aussitôt abroger la loi par décret trois ans plus tard. Avec l’autorisation donnée ensuite aux responsables religieux de se constituer en associations, la France octroie qui plus est aux musulmans un “clergé” en se choisissant des interlocuteurs derrière lesquels elle peut alors se cacher (…).”


Cet extrait est issu de “Les 101 grands moments de l’Islam”, à commander ici :

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