La bataille de Yarmouk

Au début du 7e siècle chrétien, l’Empire byzantin aux mains d’Héraclius est en passe de connaitre ses heures les plus sombres. Du désert d’une Arabie en marge sortent soudainement des milliers de guerriers tous unis derrière des califes décidés à renverser les Empires d’hier. Agissant au nom d’Allah, ils ne connaissent aucune défaite. Déjà en proie aux Perses, les Byzantins font maintenant face aux musulmans. Un premier calife succédant au Prophète Muḥammad ﷺ, Abū Bakr al-Ṣiddīq al-Ṣiddīq, leur inflige de premières plaies, le second ira d’un premier coup de grâce. Il se nomme Umar ibn al-Khaṭṭāb et a les plus valeureux et nobles compagnons du dernier des Messagers à ses côtés. Damas est prise en 13 de l’hégire (634), suit Jérusalem peu après, les forces musulmanes avancent vers l’Anatolie et et marchent sur toute la Syrie; ils sont bientôt aux portes de la résidence de l’empereur des chrétiens d’Orient. Ce dernier ne peut espérer une alliance de circonstance avec l’ennemi perse, celui-ci essuie revers sur revers des mêmes musulmans et perdent après une célèbre bataille d’al-Qadisiyya une large partie de la Perse. Réunissant des hommes venus de l’est de l’Europe, des tribus chrétiennes d’Arabie, du Caucase et même du royaume franc, Héraclius tente le tout pour le tout un jour de l’année 15 de l’hégire (636) afin de stopper l’avancée de cavaliers d’Allah; il échafaude un plan consistant à prendre à revers les trois gros contingents de l’armée califale répartie dans tout le Sham. Mais la ruse est découverte par les musulmans. L’ex-général et guerrier invaincu Khālid ibn al-Walīd à qui l’on doit le gros des victoires sous Abū Bakr al-Ṣiddīq, reprend aussitôt du service et conseille à ses confrères de se réunir à proximité de Yarmouk, sur le plateau du Golan, contre un ravin, ceci afin de pousser les Byzantins au combat frontal. Tout ce que les Byzantins ne souhaitaient pas. Le 15 août 636 de l’ère chrétienne, les deux armées se font enfin face. Entre 20 et 40 000 hommes parmi les musulmans font alors face à plus de 100 000 soldats parmi les chrétiens. Khālid ibn al-Walīd peut alors compter sur quelques mille compagnons et une centaine de vétérans de la bataille de Badr. Les Byzantins démarrent les hostilités, tentant de surprendre les musulmans à l’aube alors qu’ils sont en train de prier. Ces derniers contiennent les attaquants et jouent la carte de la défense; ils contre-attaquent parfois, mais battent le plus souvent en retraite, ceci faute à leur infériorité numérique. Mais, très vite aidés par leurs épouses, d’abord restées en arrière, et enhardis par leur général, les musulmans arrivent à tantôt inverser la tendance. Sur plusieurs jours, les coups et flèches pleuvent, de nombreux musulmans finissent éborgnés. Quand une aile l’emporte, l’autre fléchit, et ce, du côté des deux partis. Perdant certains de leurs hommes forts, les Byzantins sentent alors le vent tourner. Ils envoient un émissaire demander une trêve de plusieurs jours de manière à pouvoir mener des négociations. Khālid refuse et prévoit déjà de piéger les Byzantins en coupant leur route de repli; cinq cents cavaliers musulmans parviennent à contourner l’armée adverse par le nord. Le lendemain est alors le dernier jour de la bataille. Repoussant la cavalerie byzantine du champ de bataille de manière à ce que l’infanterie s’en retrouve privée, Khālid met à exécution son plan :  le gros de l’armée s’offre aux attaques des cavaliers musulmans restés à l’arrière. Attaqués de front, à l’arrière, puis sur leurs côtés, les Byzantins sont pris en tenaille. Certains tombent dans le ravin, d’autres fuient, beaucoup meurent ; comme à son habitude, Khālid ne fait aucun prisonnier et poursuit les fuyards, jusqu’à Damas. Le prince arménien et général Vahan est tué, les Byzantins sont, au grand dam de l’empereur Héraclius, en ce 12 rajab 15H (20 août 636) défaits. Les Byzantins sortent alors de ce conflit terriblement affaibli et perdent de surcroît la Syrie et le reste de la Palestine, bientôt l’Arménie, une partie de l’Anatolie et l’ensemble de l’Afrique du Nord. Du fait de l’infériorité numérique du vainqueur, des tactiques usées par Khālid et des conséquences qu’elle aura, Yarmouk est un considérée par beaucoup comme l’unes des batailles les plus importantes du Moyen-âge. 

Renaud K.


Pour en savoir plus :

  • Fred McGraw Donner, The Early Islamic Conquests, Princeton, N.J., Princeton University Press, 1981, 489 p.
  • Hugh N. Kennedy, The Great Arab Conquests : How the Spread of Islam Changed the World We Live In, Weidenfeld & Nicolson publishers, 2007
  • Sayfollah, Abu Soleiman al-Kaabi, Nawa Editions, 2014
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