Khwaja Abdallah al Ansari, un mystique parmi les Hanbalites

Figure majeure de la ville d’Herat en Afghanistan, Khwaja Abdallah al Ansari est de ces traditionalistes hanbalis médiévaux ayant propulsé le Tassawuf à ses sommets.

Né en 1006, ce descendant direct d’Abu Ayyub al Ansari (compagnon du Prophète, paix et salut sur lui) effectue d’abord ses études dans les centres islamiques que furent à l’époque Nishapur et Tus avant de prendre pour enseignant l’imam Abul-Hassan Kharaqani. Devenu dès l’âge de 14 ans un poète reconnu, il va alors réaliser certains des plus grands ouvrages de la littérature persane qui nous serons connus en langue française au travers des traductions du frère dominicain Serge de Laugier de Beaurecueil. Son Manazil as-sā’irīn, (Les étapes des itinérants sur le chemin de Dieu) où il y explicite les différentes stations à traverser pour le croyant dans sa quête du divin aurait par ailleurs grandement influencé le savent hanbalite Ibn al Jawzi.

Hanbalite, al Ansari le sera jusqu’au bout des ongles. Car au-delà d’en avoir suivi la méthodologie dans le droit, le savant perse va se faire l’un des plus grands défenseurs de la doctrine portant le même nom. Car faut-il le rappeler, à l’époque, l’école hanbalite était de droit, mais aussi de croyance. Le débat sur l’interprétation des attributs divins avaient en effet placé Asharites et Hanbalites face à face au point où longtemps durant l’on qualifiera les Hanbalites, d’un côté, de partisans de la Sunna (Ahl al sunna), d’anthropomorphistes par les autres.

Al Ansari s‘était d’ailleurs fait remarquer pour ses prises de position acerbes à l’égard des philosophes et Asharites de son temps. EDhamm al kalam wa ahlihi (La réprobation du Kalam et de ses adeptes), il fustige, citations de savants des diverses écoles le précédant, à l’appui, la spéculation théologique et l’usage, courant et s’imposant, du ta’wil parmi les cercles savants. Pour l’imam d’Hirar, se taire sur la modalité (kayf) des attributs divins ne pouvait amener à l’anthropomorphisme, puisque de fait, l’on brisait indubitablement (pas de comment) la chaîne induisant l’assimilation du Créateur à Sa créature. Il sera pour ses positions et « mises en garde » plusieurs fois menacé de mort et sommé de partir en exil afin de mettre un terme aux polémiques. Contre les Jahmites, il se fera plus vif encore. L’ouvrage qui leur est consacré se suffit d’ailleurs à son titre : Takfîr al Jahmiyya, soit la mécréance des Jahmites.

Aussi savant du hadith, il était encore un historien reconnu. En chacun de ces domaines, il avait écrit en arabe comme en persan. Quand il mourut en 481 H (1089) dans sa ville natale, il fut gratifié du titre de shaykh al-islām par ses élèves qui perpétueront son héritage. Deux siècles plus tard, sa tombe, réélevée sous la dynastie des Timourides, était déjà devenue un haut lieu de pèlerinage de tout le Khorassan.

Renaud K.