Khālid ibn al-Walīd, le sabre invaincu d’Allah

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Compagnon du Prophète Muḥammad ﷺ et haut commandant des armées musulmanes sous le règne d’Abū Bakr, premier calife de l’islam, Khālid ibn al-Walīd est l’un des plus grands guerriers de l’histoire. Né à La Mecque en 593 de l’ère chrétienne, Khālid est issu du clan des Banū Makhzūm de la tribu des Quraysh; il est alors un cousin de l’autre compagnon et futur calife de l’histoire, ῾Umar Ibn Al-Khaṭṭāb. Jeune et entraîné à la guerre, Khālid évolue alors parmi les meilleurs combattants de l’Arabie; très habile à la lance, il était un lutteur confirmé. Il n’a pas vingt ans quand Muḥammad ﷺ, en Prophète et Messager, commence à prêcher l’islam. Si son père est l’un des notables les plus hostiles à sa prédication, son frère, Walid, sera de ces convertis à l’islam tant que l’ère de l’hégire s’ouvrait avec l’émigration des musulmans à Médine. C’est lors de la très fameuse bataille d’Uhud que Khālid fait éclater au grand jour ses talents militaires. Encore parmi les polythéistes, Khālid participe à la lourde défaite – la première – des musulmans avant d’encore porter le sabre contre les croyants au cours de la bataille de la tranchée, en 627 de l’ère chrétienne. Ce sera sa dernière dans le camp des réfractaires à la foi nouvelle. Recevant des lettres de son frère l’invitant à se convertir, Khālid réfléchit, peu, mais bien :  il embrasse l’islam . L’été de l’an 8 de l’hégire (629), il est avec ʿAmr ibn al-ʿĀṣ et ʿUt̲h̲mān ibn Ṭalḥa, deux autres compagnons, vu atteindre Médine afin d’y trouver le Prophète et s’y convertir. Il prenait seulement quatre mois plus tard la tête de la bataille de Mu’ta, première des batailles menées contre les Byzantins. 3000 musulmans affrontaient là 10 000 (100 000 selon des sources plus anciennes) soldats chrétiens, pour une bataille qui allait se solder par le départ de chacun dans ses retranchements. À la veille de reprendre La Mecque, le Prophète Muḥammad ﷺ le choisit encore pour mener l’aile droite de l’armée musulmane. Au lendemain du décès du dernier des envoyés divins, Khālid passait sous les ordres du premier calife de l’histoire, Abū Bakr. C’est l’ère des guerres d’apostasie et de ses faux prophètes qui démarre; Khālid est alors aux commandes de la plupart des batailles visant à rétablir l’ordre. Usant de ruses et d’une force de frappe effrayant bientôt tout un monde, il défait les principales têtes de la rébellion. Poussé ensuite par le calife vers l’Irak, Khālid et ses 10 000 hommes vont multiplier les batailles, contre les Byzantins mais aussi les Perses, sans en perdre une seule. Obolla, Madsar, Walaja, Lis; les batailles s’enchaînent et causent la perte d’ennemis par milliers. Quand il ne défiait pas en duel l’homme fort du camp adverse avant bataille, Khālid faisait tout simplement anéantir les armées vaincues en ne faisant aucun prisonnier. Surprenant ses ennemis en plein repas après avoir traversé le désert ou feintant le retrait pour mieux l’attaquer par le piège, Khālid est dans les années 630 connu pour ses prouesses jusqu’en Europe. La réputation du surnommé Sayfullāh – le sabre d’Allah – l’a depuis précédé et bien des cités approchées se rendent sans résistance. Médine n’a alors jamais perçu autant de recettes qu’à cet instant. Les quelques excès et entorses à la Loi du général des musulmans sont pardonnés face à ses succès, qui immanquablement, permettent à l’islam de se répandre au-delà de l’Arabie. Après l’an 13H (634), Damas comme la Palestine sont encore prises aux Romains par Khālid. La même année, le calife Abū Bakr rendait l’âme, auquel succède ῾Umar Ibn Al-Khaṭṭāb. Ce dernier n’a alors que peu d’atomes crochus avec Khālid et le fait savoir : il désiste le général de son poste, remplacé par Abū ʿUbayda Ibn al-Jarrāḥ. Khālid, redevenu un fantassin, est cependant si respecté par ses pairs qu’ils font fi des directives du calife en lui confiant implicitement les rênes d’une armée désormais forte de 40 000 hommes; les victoires contre les Byzantins continuent, quand Yazdgard, l’empereur des Perses, est écrasé en une épique bataille d’al-Qādisiyyah par l’autre homme fort du moment : Sa`d ibn Abī Waqqās. En 15H (636), aux côtés de ʿAmr ibn al-ʿĀṣ et al Qa’qa ibn ʿAmr al-Tamīmī, Khālid engage encore l’une des batailles les plus décisives du Moyen-Âge : Yarmouk. Cinq jours suffiront aux musulmans pour défaire les 100 000 Byzantins. Mais poussé à la retraite par ῾Umar après ce fait d’armes, Khālid tombait bientôt malade. Alité, il aura cette sentence restée depuis célèbre : “J’ai fait tant de batailles et il n’y a pas d’endroit dans mon corps qui n’ait reçu un coup de sabre ou de flèche. Mais me voilà dans ma couche en train de mourir de mort naturelle comme meurt un chameau.”; ce à quoi on le rassura en lui rétorquant que jamais Allah n’aurait permis que Son sabre se brise sous les coups de l’ennemi. Il mourrait à Homs à l’âge de 58 ans, après avoir été l’un des uniques guerriers invaincus – avec une centaine de batailles – de l’histoire. Encore aujourd’hui, on étudie ses tactiques de guerre dans les plus grandes écoles militaires du monde.

 

Renaud K.


Pour en savoir plus :

  • Abu Soleiman al Kaabi, Sayfollah, Nawa Editions, 4e édition, 2018
  • Akram, Agha Ibrahim, The Sword of Allah: Khalid bin al-Waleed – His Life and Campaigns, Oxford University Press, 2004
  • Eggenberger, David, An encyclopedia of battles: accounts of over 1,560 battles from 1479 B.C. to the present, Dover Publications, 1985